L'Étranger
6.3
L'Étranger

Film de François Ozon (2025)

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L’Étranger de François Ozon cherche en vain les mots d’Albert Camus, qui ne cessent de se dérober sous le flux marin d’un ballet en perpétuel mouvement, baigné d’une lumière si belle venant caresser cette plage de Méditerranée.

L’ombre du roman vient heurter toutes ces images parfaites à l’arrivée de Meursault : un homme détaché du monde, étranger aux autres comme à lui-même.

Tenter de filmer, d’imaginer l’indifférence derrière l’absurde qui nous observe en retour, et qui peine à convaincre.



Mais il y a Alger, et ce noir et blanc fait de poussière de cendre, d’une beauté presque intemporelle. Alger la blanche, qui nous emporte pour un voyage à travers ses rues, ses sons, ses façades. Le va-et-vient des vagues posées sur la mer. La chaleur immobile qui pèse sur le sable, et le vent léger qui glisse sur la peau dorée de Meursault (Benjamin Voisin), et de Marie (Rebecca Marder), deux corps qui se rapprochent et qui s’embrassent, s’abandonnant au silence brûlant de ce soleil aveuglant.



À cet instant précis, on semble retrouver l’Algérie de l’époque, son atmosphère étrange et profonde. Une terre et sa présence française, où chacun paraît vivre en toute indifférence, les uns à côté des autres.

Entendre ce que nous faisait découvrir ce classique de la littérature française. Les pages d’un livre dessinées peu à peu en images, parsemées d’un décor plein de vie.



Tout est là, sauf Meursault : le choix de l’acteur Benjamin Voisin ne parvient pas à porter à l’écran tout le poids du vide que Camus lui avait confié.

Les réflexions existentielles du roman dans le regard de Meursault, ainsi que lorsqu’il marche, lorsqu’il parle. L’incohérence d’une existence et de ses rencontres, avec les contradictions d’une société, ne se lisent déjà plus vraiment.



Tout est dit dans L’Étranger d’Albert Camus, mais hélas pas dans l’œuvre de François Ozon.

Ce vertige intérieur qui s’efface au cœur des sensations. Cette lucidité froide et presque vertigineuse devient une simple perte.



Il manque quelque chose à ce film, si soigneusement filmé. Une présence à la hauteur devant tant de beaux paysages. Une indifférence plus nette, plus cruelle.

Une impression étrange demeure, parmi une mosaïque de personnages qui se regardent, impassibles et méfiants, tandis que Meursault disparaît du récit. Le meurtre lui-même et son procès paraissent perdre de leur gravité, glissant vers quelque chose de pratiquement insignifiant.



Enfin, c’est là toute la difficulté d’une telle adaptation. Même si Ozon réussit le tableau d’Alger, les harmonies, les matières du réel, il ne parvient pas à exprimer, avec son acteur principal, le silence d’une conscience qui faisait toute la puissance du roman, et de Meursault un personnage à part.



L’Étranger de François Ozon n’est pas vraiment réussi, mais il m’aura malgré tout laissé en souvenir celui d’une Algérie captée par la caméra d’Ozon, dans toutes ses teintes monochromes, sobrement saisissantes.

Une mer et son soleil qui dominent chaque plan. Deux présences qui respirent à l’écran, Meursault toujours ailleurs, dans une émotion qui lui échappe. Il avance dans cette ville qui surgit, sans atteindre cette aliénation intime.

Un homme seul, bizarre, loin du roman.

Rolex53
5
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le 17 mars 2026

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John Rolex

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