« JE EST UN AUTRE... ».
Fidèle au roman, dans un esthétique noir et blanc, Ozon tente de montrer l’ennui, la perte du sens, le sentiment de l’absurde qui mène au meurtre. Si le roman montrait un style de focalisation interne, dans le film, le personnage est vu de l’extérieur. Ainsi, il n'y a pas de voix off.
Ce jour-là, il sur une plage., il fait chaud, devant lui: un jeune homme, arabe, un couteau qui brille... Au dessus de Meursault, c’est "le même soleil" que celui du jour où il a enterré sa mère. C’est le même éblouissement ! Étranger à lui-même et au monde , ce personnage qui a tué un homme sans savoir exactement pourquoi, semble sans affect, sans empathie. Sans remords.
Au regard de ses réponses telles que « je ne sais pas », on perçoit son indifférence , voire l'absurdité de son passage à l'acte. Tout se jouera autour de l’enjeu du procès portant davantage sur l’intention sous-jacente au meurtre, plutôt que la légitime défense . Au cours de ce dernier, il manifeste la même attitude indifférente qu'à la mort de sa mère, ainsi que ses comportements préalables au meurtre. Ses juges de Meursault ne jugent pas en réalité le crime
qu’il a commis, mais la nature du crime: allusion au fait qu’il n’ait pas pleuré aux funérailles de sa mère et qu’il soit allé à la plage ou au cinéma dans cette période. Rien ne le concerne de ce qui intéresse les autres! Le procès qui se déroule est celui de son singulier rapport au monde et aux autres.
Cela Ozon l'a bien mis en scène avec un Benjamin Voisin qui peut être autant hiératique que charnel.