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Opaque au balcon
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le 29 oct. 2025
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Je n'ai pas lu le roman d'Albert Camus, mais je veux bien croire qu'il est difficile de représenter l'Homme absurde, ce monstre philosophique et cérébral qui parle peu. Ozon s'y est essayé, quitte à rendre un film aux allures d'un long défilé de mode en noir et blanc.
Mais de toute façon, Meursault s'en fout surement royalement de la mode vestimentaire. C'est pas qu'il aime pas, c'est simplement qu'il n'y trouve pas d'intérêt particulier. C'est insensé. Quand sa mère meurt, il va à son enterrement et la veille une nuit durant, mais on voit bien qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il fait là. Il marche comme s'il se promenait. De la même manière qu'il ne sait pas surement pas pourquoi il travaille en tant que dactylographe à Alger. Pourquoi ferait-il autre chose ? Il gagne assez d'argent pour manger et payer le loyer. Et que faire d'autre ? Il le dit sans détour vers la fin du film : même lorsqu'il est emprisonné, il ne s'ennuie pas.
Chez le spectateur, c'est l'incompréhension. Pourquoi est-il si mou ? Meursault n'a-t-il aucune émotion ? En vérité, ce dernier devient absurde. Il admet que toutes les interrogations qu'il a sur le monde resteront sans réponse. Et la religion n'y changera rien. Dans une des dernières scènes du film - la seule où Meursault montre qu'il réside en lui une once de vitalité -, il envoie balader le prêtre qui vient lui administrer les derniers sacrements. Il veut mourir comme un humain fait de chair.
Dans Le mythe de Sisyphe, Camus disait : "Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu'il m'est impossible pour le moment de le connaître. Que signifie pour moi signification hors de ma condition? Je ne puis comprendre qu'en termes humains. Ce que je touche, ce qui me résiste, voilà ce que je comprends."
C'est pour cela que Marie, la petite copine de Meursault, est une des seules personnes sur Terre qui compte un minimum. Elle est réelle et est une personne qu'il peut étreindre, toucher, sentir - battre même - et bien sûr avec qui il peut faire l'amour.
Toutes ces réflexions sont bien intéressantes, mais le film est tout de même assez chiant surtout dans sa première et lente partie. La caméra d'Ozon est longue sur Meursault, lourde même. On finit par détester Meursault car il n'est rien. Puis, lorsqu'il tue un arabe (Killing an Arab de The Cure en musique d'outro), tout s'accélère. On s'interroge, et comme Meursault, on ne comprend pas. Finalement, Meursault est condamné à la guillotine. Il ne semble pas dangereux pourtant. On se prend à se demander si la Justice sait vraiment pourquoi les criminels commettent des crimes, si les condamner est vraiment juste.
Ces innombrables et incessantes interrogations provoquent l'absurde. Rien qu'un petit échantillon qui fait office d'une étincelle. Pas loin, plusieurs mèches attendent de s'allumer. L'une va vers la religion, l'autre vers la révolte et la dernière vers le suicide. Meursault se résigne à allumer cette dernière. Il ne se suicide pas à proprement parler mais accepte la mort, l'attend presque avec impatience.
La mienne d'étincelle n'a rien allumé. Je me suis remémoré Le mythe de Sisyphe, puis suis retourné à une vie normale teintée d'aliénation. Ces entrevues à travers la brûme de l’absurde ne sont que passagères. Ce film en était une.
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le 24 nov. 2025
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