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le 10 juin 2017
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Pour sa dernière collaboration en 1979 avec Clint Eastwood, Don Siegel adapte avec L'Évadé d'Alcatraz l'histoire vraie d'un groupe de quatre personnes qui ont tenté de s'échapper de la fameuse prison...
(Vu le 02/05/26)
L'Évadé d'Alcatraz est un film appartenant bien au style de Don Siegel, même s'il ne s'est pas occupé de la post-production, laissant la tâche à son acteur fétiche. Il peut s'inscrire dans ce type d'œuvre, telle que Un condamné à mort s'est échappé ou certaines séquences des films de Jean-Pierre Melville. En effet, la méticulosité, le dépouillement, l'attention portée aux gestes, la précision silencieuse, la ritualisation sacrée, le travail en temps réel, l'économie des mots et des artifices ou encore la quasi-évacuation de la psychologie font penser à cela. Par la même occasion, le jeu de Clint Eastwood embrasse ce registre avec son ton mutique, son flegme minéral, le fait que l'on ne connaisse pas son passé ni la cause de son emprisonnement, même si on sait qu'il a un QI élevé et qu'il est spécialiste des évasions. C'est un roublard individualiste et réfractaire à l'autorité et aux institutions. Il peut paraître antipathique, solitaire, implacable, et l'acteur joue même sur une fibre raciste, mais on comprend bien qu'il ne l'est pas du tout.
Effectivement, il est proche des marginaux, des déclassés et des malchanceux. Surtout, il déteste et ne supporte pas l'injustice. Lui et ses camarades ne sont pas de mauvais bougres, mais des survivants d'une société voulant formater les individus et les condamnant s'ils refusent. Surtout, elle ne leur laisse pas le choix de pouvoir se repentir ni de leur offrir un nouvel horizon. Mais la force du long-métrage est de ne jamais en dire trop pour laisser le champ de réflexion sur le pourquoi du comment et donc garder cette zone grise sur la moralité de chacun. De ce fait, en évitant tout sentimentalisme ou lyrisme, Siegel se préoccupe avant tout de l'action au ralenti de son récit. D'où le fait qu'il y a cette forme de sécheresse consciencieuse, suivant méthodiquement les étapes de l'évasion. Pour reprendre les termes de Thaddeus, chaque geste tend vers l'inaccessible, et je rajouterai vers l'impossible, car la prison-île a la réputation d'être inéchappable. L'efficacité siegelienne est ainsi de mise puisque chaque nouvelle micro-étape doit trouver sa solution.
Dès lors, l'atmosphère est sobre, voire austère, mais toujours tendue et avec une touche d'angoisse sourde. Cela est d'ailleurs accentué par la morosité déshumanisante de la prison, lieu même où s'est déroulé le tournage, donnant encore plus de crédibilité à l'ouvrage. La mise en scène de l'auteur, toujours solide, captivante et impassible, se loge dans les replis étroits de la prison pour en épouser la topographie et démontrer la complexité de la fuite. C'est pourquoi cette dernière tient du miracle. On comprend que leur mission est réussie par l'entremise de la fleur que découvre le directeur sur l'île voisine d'Alcatraz, fleur qui ne pousse pas sur cette île en temps normal. Sauf que Siegel est un désenchanteur : la musique lugubre de la conclusion maintient, à mon avis, une fatalité. Soit les personnages se sont noyés, et donc la fleur est un motif ironique, soit ils ont survécu, mais ils seront rattrapés par leur passé et répéteront le même cycle infernal.
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Créée
le 6 mai 2026
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le 10 juin 2017
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