Deuxième Bergman pour ma pomme. Une fois de plus une mise en scène plutôt conceptuelle, et des thématiques qui se répètent.

J'ai beaucoup aimé ce film. Tout d'abord pour la liberté formelle. Peu de réalisateurs ou de producteurs s'autorisent une telle narration aussi particulière de nos jours. Finalement on peut le retrouver un peu dans du Wes Anderson, ou même du Tarantino, dans la volonté de pointer le voile de l'illusion sans le laisser tomber. La narration est plutôt atypique encore aujourd'hui (je suis toujours étonné de voir à quel point le cinéma d'antant semblait plus avant-gardiste qu'aujourd'hui où l'on s'enfonce dans les carcans habituels de la dramaturgie) et provoque un immense plaisir par son originalité formelle. On se perd par moment mais Bergman ne nous abandonne jamais longtemps, il préfère nous communiquer ses rêves ou, dans ce cas ci, ses cauchemars plutôt que de nous laisser errer seuls, inaptes à comprendre.

Pour le sujet, c'est assez intéressant. Plusieurs thématiques sont abordées: la folie, la relation au public, l'égo de l'artiste-génie, la fidélité de la femme (ou plutôt son amour sans limite)... le tout s'entremêlant, permettant ainsi à chacun d'être exploité en profondeur malgré le ratio thèmes/durée du film. La construction est plutôt bien pensée et il me tarde de revoir ce film pour relever les petits détails que je n'ai pas perçu du premier coup d'oeil.

Peut être est il des moments où le spectateur est perdu trop longtemps, il faut le souligner. Certe, c'est l'occasion d'admirer la richesse de ce qui lui est présenté (chaque plan hypnotise) mais les questionnements qui surgissent en tête pourront perturber sa quiétude (qu'est ce qui se passe? qu'est ce que je regarde? ça raconte quoi?). Certains diront que c'est bien de malmener le spectateur, mais personnellement je préfère être malmené sans avoir à 'sortir' du film comme c'est le cas ici. J'aime me questionner quand c'est intrinsèquement au film. De même le ton 'froid' et distant pourra rebuter certains mais je pense que c'était nécessaire pour mieux dépeindre cette folie du point de vue de la femme de l'artiste. La femme est en effet incapable de saisir ce qu'il se passe dans la tête de son mari. C'est donc à elle qu'il faut s'identifier car le réalisateur comprend qu'il est impossible de s'identifier à quelqu'un de fou. C'est d'ailleurs sur le basculement de la femme qu'il termine le film, puisque aller plus loin n'aurait d'intérêt pour personne ; s'il a donné les clefs de compréhension de ce revirement psychologique, il sait qu'il serait impossible de maintenir le lien avec son spectateur en le confrontant plus longtemps aussi directement à la folie.

Bref, L'heure du loup est un film d'auteur comme on n'en fait plus ; le réalisateur s'autorise une réflexion sur son médium sans sacrifier pour autant ce qu'il a à dire au delà l'outil utilisé. Un grand film à voir.
Fatpooper
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le 4 juin 2012

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