Beau, intelligent, étonnamment moderne et sexuellement bouleversant L'histoire de Richard O. parle à bien des égards de l'accomplissement du Soi, des luttes sous toutes leurs formes et de l'hypocrisie sociale liée aux frustrations libidineuses.
Véritable franc-tireur du cinéma français Damien Odoul cherche en partie à exhumer les fantasmes réfrénés par une société en proie à des tabous de plus en plus accablants, et ( peut-être ? ) de moins en moins transcendés. Sans forcément imposer un point de vue catégorique et réducteur sur le sujet le réalisateur choisit de construire son film en l'articulant autour d'un personnage-titre, et ce sur le mode de la déclinaison. Il choisit Mathieu Amalric, extraordinairement impliqué dans cette fable bien plus concrète qu'elle ne le semble a priori : sensuelle, terrestre voire même hédoniste L'histoire de Richard O. est celle d'un homme qui cherche, explore sa sexualité au gré des attentes et des sollicitations féminines. Bien que principalement concentré autour de Richard le film propose un vrai dialogue entre les deux sexes, sur le principe du dispositif vidéo... c'est bien là la seule véritable forme d'abstraction, de distanciation, de conceptualisation au sein d'un conte filmé au plus près des corps et des émois. Contrairement aux apparences et malgré une lumière parfois sous-exposée la chair présentée n'est ni laide ni triste, Odoul la captant comme par étreinte ou caresse par l'entremise d'une caméra proche de ses sujets. Amalric, quant à lui joue cartes sur table en se laissant littéralement aller devant l'oeil bienveillant de son réalisateur...
Si L'histoire de Richard O. se situe intégralement dans la capitale et que son écriture semble parfois ( et légitimement ! ) un peu artificielle et systématique il n'a pourtant rien du "film bobo-intello-branloute" que l'on pourrait tant redouter. Bataillien en diable et terriblement épique à son échelle parisienne le film montre une véritable urgence ainsi qu'une sincérité, une droiture n'étant pour ainsi dire pas "donnée à tout le monde". L'Histoire de l'Oeil ( ouvertement cité dans le titre par le biais d'un O symbolique : une béance, un gouffre s'ouvrant vers de nouveaux horizons...) semble être l'une des grandes références assumées par Odoul, puisque son film partage la même quête sexuelle initiatique, le même ludisme fantasmagorique que l'alter-héros de Georges Bataille. Et si le film de Damien Odoul possède un véritable attrait c'est bien dans cette re-découverte des fantasmes érotiques ( mise en scène du Kama-Sutra, transgression des codes et pratiques sexuelles dans des lieux publiques, analogie avec la lutte, violences consentantes...).
Un mot également sur la bande originale de Buck 65 : entêtants, collant parfaitement aux images en plus de les incarner les textes des chansons conjuguent poésie et illustration pour mieux évoquer, développer l'imaginaire du spectateur basculant en même temps que Dicky de l'autre côté de l'abîme... et c'est magnifique.
Un film beau donc, pertinent et courageux comme on aimerait en voir plus souvent dans nos contrées hexagonales. On se souviendra longtemps de Mathieu Amalric plongeant gracieusement dans une fontaine, ambulant d'un lieu ou d'un appartement à l'autre pour mieux dépasser ses frustrations, ses doutes et ses blocages. Avec Gaspar Noé et Bertrand Bonello Damien Odoul reste l'un des rares réalisateurs français actuels capable de poser un regard neuf sur la sexualité. Un film brillant à voir absolument.