Ce documentaire d'Arte constitue la dernière apparition de Godard dans un film, lui qui a toujours aimé voir l'ouvrier en plein travail, voilà que pour son ultime contribution c'est lui qu'on montre les mains dans sa brochure
C'est sans doute la première chose qui m'a étonné d'ailleurs, si j'avais pu entrevoir dans JLG/JLG ou dans son entretien avec Daney les supports dont il pouvait bien se servir pour travailler, je n'imaginais pas du tout que ça puisse ressembler à un carnet pareil, fait de petites images qu'il a pris soin de découper et de coller, chaque page étant bien numérotée
On le voit donc tenter d'expliquer avec sa petite voix tremblante sa vision proprement artistique, pourquoi avoir choisi cette image plutôt qu'une autre, quel lien est-ce qu'elle a avec le titre et le thème de la partie dans laquelle elle est, s'il compte la filmer ou s'il ira la piquer ailleurs comme il a souvent fait, puis faire quelques digressions sur les pensées qui lui viennent sur le moment
C'est particulièrement touchant, c'est un instant au sein duquel il essaie de nous faire entrer dans ses idées, dans son monde, c'est un angle d'intimité par lequel on l'aura assez peu vu, mais surtout ce que je trouve d'émouvant c'est de s'apercevoir que même à son âge, tout papi qu'il est, toute santé affaiblie qu'il peut avoir, il n'a strictement rien perdu de son génie créatif, il déborde toujours d'innombrables idées, il n'en a peut-être jamais autant eues que dans ses dernières œuvres, il est "un vieux metteur en scène qui fait un jeune film" pour reprendre sa propre expression
Le film se conclut le montrant en train d'écrire assis sur son lit, répétant sa phrase à haute voix et faisant signe d'avoir terminé ce qui sont sans doute ses derniers gestes d'écriture par un simple et discret "Ok", dans toute la subversion qu'il l'aura tant caractérisé