La première subversion de ce film en 2 parties, d’abord en fiction puis ensuite en documentaire, c’est le cadre dans lequel il est posé. Un homme raconte une histoire dans laquelle il avoue comment il y a une dizaine d’années il s’était pris pour le voyeurisme dans un café, grâce auquel il observait discrètement des sexes féminins
On s’attend alors à ce que le film montre, donne envie autant que le narrateur explicite ses méthodes, comment il s’est aperçu de ce trou ou comment il n’a pas pu s’arrêter de regarder à travers. Mais non, la caméra ne sortira jamais de la pièce et même encore pire elle sera quasi uniquement braquée sur les deux hommes
Je trouve cette mise en scène d’une radicalité extrêmement jouissive. Mais surtout j’adore toute la proportion que prend cette histoire. On passe d’un simple coup d’œil dans le trou de ces toilettes à une envie irrépressible de le faire, à passer 5 heures au café plutôt que 2 jusqu’à même arguer à quel point toute l’entièreté de la beauté d’une femme se joue dans l’attirance qu’on aura ou pas pour son sexe
J’y ai trouvé quelque chose d’excessivement fascinant de les voir plonger de plus en plus dans cette ardeur par laquelle il raconte comment on leur avait menti depuis 4000 ans, que le miroir de la femme n’était pas ses yeux mais son sexe, ou encore de « comment les hierarchies du corps étaient complètement bouleversées »
Le choix d’Eustache de mettre en première partie la fiction et ensuite seulement la partie documentaire, et l’exactitude d’après laquelle l’histoire est racontée deux fois, quasiment au mot près, sont aussi intéressants et mériteraient réflexion, même si j’ai pris du plaisir dans les deux parties sans distinction aucune