Un Eugène Grandadais qui a oublié de vivre rencontre un Neil McCauley stoicien (braqueur de Heat).

La rencontre entre un riche qui a toutes ses bourses pleines mais qui ne vit pas ,

et un vivant mais calme et pauvre qui braque.

Un qui se sous estime trop, et un dont la confiance en soi fait taire les boulangères.

Un qui a La Bourse, l'autre La Vie. ("la bourse ou la vie" criaient les anciens brigands)


Film de 2002 qui me rend très nostalgique du projet Delon/Leconte avorté en 2022.

J'ai revu le film hier avec plaisir et nostalgie, me demandant sans arrêt ce que Leconte avait bien pu alors écrire pour Alain Delon qui l'avait croisé en plateau et promis de faire un nouveau film avec lui.

"J'ai encore un rêve, c'est de faire un dernier film avec Patrice" (Alain Delon)

Leconte a alors travaillé sur scénario et financement et , si j'ai bien compris, peu de temps avant le tournage, Delon a reculé?

Leconte aurait il aussi fait manger à Delon de la soupe, porter des pantoufles, fumer la pipe, fait donner des cours du soir sur Eugénie Grandet, se laisser bousculer sans excuse...se laissant sans broncher raconter par un maigre moustachu qu'il se masturbait ado devant le beau tableau d'un dos nu de femme aux formes stéatopyges ou bien que plus tard, il se fit sortir d'un cinéma tiré par la bite par sa petite amie l'ayant sortie....Alain Delon aurait il écouté tout ça, imperturbable comme Le samouraï?

Quel était ce projet si avancé de Leconte avec Delon? ça fait rêver. Je me fais des rêves éveillés comme le personnage du film.


J'ai revu avec beaucoup de plaisir ce film que j'avais moins compris ou aimé ma première fois. Mais peut-être, suis-je aussi influencé par une certaine nostalgie puisque Jean Rochefort me manque , et surtout les années 2000.


J'aime désormais la scène où le braqueur veut redonner confiance au peureux de la vie qui se trouve moche: il le met devant son reflet et lui dit qu'il a aussi du charisme. Qu'il ne le voit juste pas. C'est pas pour rien que pour ce timide introverti, Leconte a pris un grand monsieur à presque 60 ans de carrière et des centaines de films, Jean Rochefort.

Mais sans confiance en soi, de grands hommes de talents rentrent plus tard que d'autres dans la vraie vie alors que certains avortons incultes trop bêtes pour se rendre compte de leur limite, mais justement plein de l'assurance des ignares inconscients, eux avancent et vivent plus de choses que le précautionneux se sous estimant?


J'aime la scène où l'enfant raconte Eugenie Grandet au braqueur stoïcien et il comprend que son hôte Jean Rochefort mène une vie à la Eugenie Grandet, riche mais plutôt reclus.


Je trouve que le montage à la fin en parallèle où on passe d'une opération à une autre, fonctionne bien. C'est excitant visuellement. Et change du rythme du reste du film.

Pour une fois, je suis allé voir le nom des monteurs (comme j'ai commencé à lire Yann Dedet,Paul Hirsch et vu super doc sur Yoyotte): ici c'est aussi une monteuse, une Joëlle Hache. Wow! imdb m'apprend qu'elle a quasi fait tous les Leconte? c'est sa Thelma Schoonmaker? (celle qui m'avait appris la bonne manière de prononcer le nom de celui dont elle monte les films, Martin Scorsese).


J'aime comme le bip des machines respiratoires à la fin se mélange à "l'impromptu de Schubert"...une "petite pièce de musique de composition simple" ou "Courte pièce de théâtre" comme ce film et comme notre vie.





Autres détails:

  • j'ai oublié mes poésies d'école. ici, on en entend mais les personnages n'en citent pas les auteurs. "Celle que j’aime, à présent, est en Chine ; Elle demeure, avec ses vieux parents, Dans une tour de porcelaine fine, Au fleuve jaune, où sont les cormorans" (internet me dit que c'est 'Chinoiserie' de Théophile Gautier).
  • on entend aussi "Sur le Pont Neuf j'ai rencontré Sans chien sans canne sans pancarte Pitié pour les désespérés Devant qui la foule s'écarte" (c'est de Louis Aragon)Et la suite de ce poème résonne avec le film: "j'ai rencontré L'ancienne image de moi-même (...) Celui -que je fus à l'orée Celui que je fus à l'aurore (...) Vingt ans l'empire des mensonges l'espace d'un miserere Ce gamin qui n'était que songes"
  • Johnny joue un braqueur sans attache comme l'a été De Niro dans Heat or Rochefort a justement une scène de miroir à la aussi De Niro dans Taxi Driver...j'aime quand son personnage timide se fait des films avec le blouson de son visiteur, il se parle à lui-même.
  • l'homme qui surgit comme la mort...de derrière le mur, tenant justement une faux comme celle de La Mort m'apprend le mot "Anthracnose" (en gros, c'est une attaque de champignons)
  • "8.60" dit la boulangère, pour deux baguettes? "8.60"?? c'est quoi la monnaie dans ce pays??
  • mon programme dit que c'est un film allemand, suédois, anglais et japonais? Personne voulait le financer en France?
  • comment Delon a t il pu lâché Leconte alors qu'il avait travaillé plus d'un an sur un scénario?
  • le braqueur revient et rentre sans frapper chez son hôte alors que l'enfant prenant des cours chez lui depuis longtemps, lui, frappe encore à la porte.
  • un autre poème qu'on entend est "Dans Arles, où sont les Aliscams, Quand l'ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps,"...c'est le moment où le prof en retraite crie à l'élève et lui demande s'il voit "un point d'interrogation dans la phrase"? c'est de Paul Jean Toulet que je ne connais pas, mais il était déjà le poète préféré de Jean d'Ormesson qui , surtout dans ses derniers interviews, dont en Suisse, récitait par coeur des passages, parfois osés...donc j'en avais acheté un recueil, non lu mais que je veux retrouver grâce à ce bon film.
Pierre-Amo-Parfois
9

Créée

le 28 mars 2026

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