Il y a du pour et du contre dans ce film de Youri Bykov. Nous y suivons un apprenti ingénieur qui cherche à alerter la mairie face à l'effondrement prochain d'un immeuble abritant environ 800 personnes.
Pour : la description sans fard, naturaliste, d'une société où la corruption règne, où les élites méprisent ceux qui, à cause de leur cupidité, vivent dans une indigne pauvreté. Ils ne peuvent comprendre les motivations du personnage principal, pour eux ce n'est qu'un trouble-fête dont l'ambition serait le poste de son supérieur, car ils ne peuvent concevoir d'autres motifs. Pourquoi s'intéresserait-il au sort de personnes qui ne lui sont rien? La panique qui les gagne n'a rien à voir avec le destin de 800 personnes, mais plutôt que l'incident risque de révéler tout leur petit monde de malversations. Le film se présente donc comme un thriller politique, dans une arène où tous les coups sont permis.
Contre : la première scène est programmatique, où l'on voit un mari violent tabasser sa femme jusqu'à ce que la rupture d'un tuyau ne le brûle au visage : à l'instar de cette scène qui enfonce le clou de manière brutale, le film va s'attacher à souligner son propos, encore et encore. Ainsi, pour que l'on comprenne bien les enjeux, les élus vont décliner leurs titres et leurs méfaits, commenter les actions en cours, le tout dans d'interminables dialogues explicatifs. Si cela permet de bien comprendre les enjeux, cela nuit à l'immersion, évidemment, mais cela nuit également au côté thriller, les faits devenant une simple exposition de l'affaire, comme une reconstitution.
L'idiot ne manque pas pour autant de qualités. L'idiot, c'est celui qui s'obstine à croire que vivre honnêtement dans un tel monde est possible, que la justice peut toujours régner. Qui observe, impuissant, le ballet des élus qui s'agitent pour sauver leur réputation, qui peut-être ignorait, seul dans la ville, l'étendue de leur corruption. Celui qui pense qu'il peut sauver ces personnes, ou peut-être ne l'espère-t-il même pas, mais il doit agir, c'est plus fort que lui.
Et bien sûr, il est facile de voir dans cet immeuble près de s'écrouler, avec une faille montant des fondations jusqu'au toit, une métaphore de la Russie entière, dessinant un pays où quelques très riches participent à un festin, se gobergeant de l'argent public, rejetant inexorablement dans l'extrême pauvreté ceux à qui cet argent aurait dû être alloué.
Rien à voir donc, avec un monde occidental plus civilisé. Nous pouvons dormir tranquille.