L'Île aux chiens
7.7
L'Île aux chiens

Long-métrage d'animation de Wes Anderson (2018)

Il y a souvent ce petit quelque chose dans les films de Wes Anderson qui m’empêche de me sentir vraiment concerné. Un trop plein esthétique, un trop plein de personnages ou un trop plein frénétique. Parfois les trois à la fois, comme dans l’éreintant Grand Budapest Hotel. Si je peux en apparence aussi faire ces griefs à L’île aux chiens, ils sont largement compensés par une implication émotionnelle, la même qui m’avait permis de voir en The Darjeeling Limited, le grand film qu’il est. L’ile aux chiens est une merveille. Le plus beau film de Wes Anderson à mes yeux, ex-aequo avec celui que je viens de citer.


 Si je pouvais j’y retournerais car c’est d’une telle richesse dans le rythme et l’image que j’ai l’impression d’avoir raté beaucoup de choses. Mais punaise ce que c’est beau. Intégralement réalisé en stop motion – ce qui me fait me demander si ce n’est pas dans cette expression que le cinéma d’Anderson est le plus précieux (J’avais déjà beaucoup aimé Fantastic Mr Fox, mais j’ai le souvenir qu’il était plus inégal, moins attachant) – L’île aux chiens trouve cet équilibre entre le ludisme et la tragédie, le récit d’aventure et la parabole politique, la précision des lignes et la profusion de la décomposition, le double soulèvement canido-enfantin contre l’horreur dictatoriale, entre légèreté et noirceur, qui me touche cette fois beaucoup.
Il faut surtout voir comment l’auteur s’empare de l’imagerie japonaise, c’est quasiment son Sept samouraï à lui. Impossible de ne pas penser à Kurosawa. Il faut voir aussi la beauté de chaque personnages, chiens ou pas chiens, autant dans leur écriture que dans le soin marionnettiste. Et il faut apprécier la beauté de chaque plan, tout simplement, tant Anderson déploie son récit d’épidémie et de lutte collective avec un sens esthétique et du détail aussi impressionnant que dans les plus beaux films de Tati. Alexandre Desplat lui-même se surpasse, on a le sentiment qu’il n’a jamais composé avant de composer pour Anderson et cette partition est probablement la plus riche, foisonnante qu’il ait offert dans cet univers prolifique.
Reste qu’il y a tout de même beaucoup trop de choses à regarder et que tout va beaucoup trop vite pour qu’on ait le temps d’observer, entre la profondeur de chaque plan, la grande place offerte aux dialogues et leur imposant débit, le nombre de sous-titres en tout genre. Il y a dix idées par plan. Il faudrait le revoir plusieurs fois pour en saisir chacune de ses subtilités. Quoiqu’il en soit, dès le premier visionnage, on ne peut pas passer à côté de ces transitions vertigineuses, situations hyper découpées, apparitions folles. Et puis plastiquement je me répète, aussi bien ici dans un simple nuage de fumée que là dans le décor dantesque de cette île surchargée, c’est d’une beauté à couper le souffle. C’est bien plus que le cinéma d’esthète et de marionnettes auquel j’ai trop souvent réduit celui de Wes Anderson.
JanosValuska
7
Écrit par

Créée

le 27 juil. 2018

Critique lue 224 fois

1 j'aime

JanosValuska

Écrit par

Critique lue 224 fois

1

D'autres avis sur L'Île aux chiens

L'Île aux chiens
Sergent_Pepper
8

Coast dogs, les voix des samouraïs

Dans la filmographie de Wes Anderson, l’univers visuel et graphique s’impose d’avantage à chaque opus, quittant le commun du cinéma pour présenter un fragment d’un monde dont il serait l’unique...

le 30 avr. 2018

100 j'aime

4

L'Île aux chiens
EvyNadler
9

La métaphysique des chiens

Quatre ans après son excellent Grand Budapest Hotel, le dandy le plus en vogue du tout Hollywood revient avec ses tons pastel et son élégance unique pour réitérer le pari qu’il avait réussi en 2009...

le 23 mars 2018

63 j'aime

6

L'Île aux chiens
Vincent-Ruozzi
7

Wes Anderson, the storyteller

Wes Anderson est ce qu'on pourrait appeler un original tant sur ses histoires que sur sa façon de les mettre en scènes. Dans L'Île aux chiens, le réalisateur texan renoue avec une technique...

le 30 avr. 2018

58 j'aime

8

Du même critique

La Maison des bois
JanosValuska
10

My childhood.

J’ai cette belle sensation que le film ne me quittera jamais, qu’il est déjà bien ancré dans ma mémoire, que je me souviendrai de cette maison, ce village, ce petit garçon pour toujours. J’ai...

le 21 nov. 2014

33 j'aime

5

Titane
JanosValuska
5

The messy demon.

Quand Grave est sorti il y a quatre ans, ça m’avait enthousiasmé. Non pas que le film soit  parfait, loin de là, mais ça faisait tellement de bien de voir un premier film aussi intense...

le 24 juil. 2021

32 j'aime

5

Le Convoi de la peur
JanosValuska
10

Ensorcelés.

Il est certain que ce n’est pas le film qui me fera aimer Star Wars. Je n’ai jamais eu de grande estime pour la saga culte alors quand j’apprends que les deux films sont sortis en même temps en salle...

le 10 déc. 2013

28 j'aime

8