Un chef d'œuvre... Venant de moi, ce n' est pas un qualificatif attribué à la légère. Ce film m'a bouleversé.
Il y a des films qui se regardent. Il y en a d'autres qui vous traversent. L'Impasse appartient à la seconde catégorie , à ce corpus rare où la caméra cesse d'être un outil de narration pour devenir un scalpel sociologique, disséquant avec une précision implacable les mécanismes de reproduction sociale, d'enfermement symbolique, et de violence structurelle qui broient les individus bien avant que les balles ne les atteignent.
Adapté de deux romans du juge Edwin Torres, le film met en scène Carlito Brigante, ancien truand d'origine portoricaine cherchant à se réinsérer après cinq ans de prison. Mais réduire L'Impasse à un film de gangsters serait une erreur de catégorisation. Ce que De Palma filme ici, c'est l'impossibilité ontologique de la mobilité sociale pour celui que l'institution a déjà stigmatisé, classé, archivé. Et sur le plan visuel, le film est un bijou. Le rythme est organique... Mené à la perfection. Al Pacino, dans ce rôle, incarne ,au sens littéral, charnel, presqu'eucharistique du terme. Ce truand sur le retour est comme paralysé par la fatigue, le doute, l'absence de ressort. Il goûte à la triste réalité, où "vouloir" ne suffit pas.