Le titre original "In Old Chicago" exprime mieux que le titre français le sujet du film. L'incendie de Chicago, à la fin du film, est la conclusion paroxysmique du différend moral entre deux frères et de l'impossible cohabitation entre le nouveau Chicago, incarnation de modernité et de vertu, et l'ancien, insalubre et païen. Aussi, l'incendie du vieux Chicago, aussi dramatique et destructeur soit-il, est considéré comme une ère nouvelle pour la ville.
Le film d'Henry King n'est pas sans quelque analogie avec le "San Francisco" de Van Dyke, sorti l'année précédente, où la catastrophe finale prend la proportion d'une sanction, où Clark Gable, comme Tyrone Power ici, compose un ambivalent patron de cabaret. Pour l'essentiel, Henry King raconte le destin de deux frères, deux fils d'immigrés irlandais partis de rien dont la réussite et l'ascension sociale, contestables pour l'un à cause d'un affairisme douteux, exemplaires pour l'autre et son implication citoyenne, illustrent l'orgueil de toujours de l'Amérique : l'assimilation et la fondation démocratique de la Nation. C'est parfois pontifiant, à considérer le discours final de la mère des deux O'Leary devant Chicago en flamme.