Une comédie dramatique (et musicale) en huis-clos proposé par Olivia Wilde, pour Seth Rogen, qui nous joue son personnage préféré, Seth Rogen lui-même: pothead, sarcasme, auto-dérision.
Le film nous met dans une situation inconfortable où le couple dysfonctionnel Angela/Joe (Olivia Wilde/Seth Rogen) va recevoir à dîner leurs voisins, le couple fusionnel et ouvert d'esprit que tout le monde rêve secrètement (ou pas) d'être, Piña/Hawk (Penelope Cruz/Edward Norton).
Seth Rogen, dans son rôle habituel, est encore une fois assez drôle. On rie souvent. Les sarcasmes et les piques lancées discrètement font souvent mouche. Le rythme est extrêmement rapide. Ça parle de couple. Ça parle beaucoup de sexe. Ça n'en montrera pas. Ça philosophe. Ça se confie. Ça se vanne beaucoup. On se sent dans une pièce de théâtre. Bien écrite et bien jouée.
Avec une unique piste de musique, au volume élevée, aux accord douteux, presque cacophonique parfois, qui nous guidera bruyamment dans les moments de malaise, d’engueulades, et de moqueries. Son absence signifiant que le moment est maintenant sérieux et qu'il faut vraiment écouter. La musique est un outil classique qui donne le ton dans tous les films. Ici c'était tellement criant que ça nous en sortirait presque.
Mais ici il y a une particularité, que je n'ai réalisé que quelques jours après avoir vu le film. La musique est en fait le cinquième personnage de l'histoire. Ou plutôt l'extension du personnage de Joe. Sa voix intérieure. Elle joue par dessus les personnages qui s'engueulent, apportant un coté routinier à l'engueulade. Joe lui-même a tendance a beaucoup parlé par dessus les autres, souvent pour envoyer des vannes. Il a tendance a ne pas écouter. Le sujet principal d'écoute est en fait ici la musique, tandis que le dialogue est un bruit de fond. Quand la musique se coupe, les personnages vont maintenant se dire des choses. Se confier, se mettre en colère, ou se délaisser de rengaines qui les pèse. Dire des vrais choses. Le dialogue passe au premier plan.
Nous rentrons donc dans la vie de Joe et Angela, au travers de cette soirée où ils invitent leurs voisins à diner. Ils sont clairement à un point dans leur vie, et surtout dans leur couple, où les choses ne vont plus, mais ils restent ensemble, par habitude ou par peur du changement. Quelques moments de complicité entre les deux font qu'on ne tombe pas non plus dans le cliché "scène de ménagesque" du couple qui ne peuvent plus se voir en peinture et passe leur temps à s'envoyer des vannes. Ils s'aiment mais ne se comprennent plus. Car quand ils se parlent, la musique est trop forte pour s'entendre correctement.
Les personnages de Piña et Hawk, comme de saints docteurs, vont apparaitre dans leur vie, puis disparaitre aussi soudainement qu'ils sont arrivés, après avoir accompli leur mission : les faire se parler. Se parler vraiment. Se dire les choses qu'ils ont au fond d'eux. Pas les discussions qui passent au second plan, derrière la musique, à propos de la couleur de la peinture des murs, ou le type d'alcool qu'il convient d'offrir aux invités, ou de tous les autres nombreux sujets banals d’engueulade abordés dans le film, dont on ne souvient même plus à la fin. On se souvient de la musique par contre. La musique en premier plan, cette voix en nous qui ne se tait jamais. Joe pense à la musique tout le temps. Il aimerait jouer, mais il ne sent pas au niveau ; il ne pratique plus, et ça joue faux, même dans sa tête. Ça joue faux mais ça joue quand même, constamment et fort. Plus la discussion est inconfortable plus ça joue fort. Ça veut sortir mais ça ne sort pas. Jusqu'à ce que Piña les forcent à se parler, et là le silence tombe. Le silence est complet lorsque Joe exprime son ressenti, explique pourquoi il est si morose tout le temps. Car il en est conscient qu'il est un rabat-joie. Il est "juste" déprimé, désespéré, résigné. La musique reprendra de plus belle lorsque cette première tentative de s'ouvrir n'aboutira qu'à une nouvelle engueulade, où chacun blâme l'autre pour ses problèmes dont lui seul a connaissance: "C'est de ta faute si ma vie est un échec". "Je trouve que tu as une super vie. Par contre c'est de ta faute si je ne me sens plus désirée". "Je te désire toujours". etc.
Cette danse finira par un ultime silence. Une fois leurs sacs vidés, et Joe mis face à ses propres choix par Angela, la cacophonie intérieure de Joe cessera. Et enfin il pourra rejouer de son piano poussiéreux. Un air mélodique, lent et hésitant, mais juste. Et jouer enfin en symphonie avec Angela qui l'accompagne à nouveau, comme à leurs premiers jours.