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L'Objet du délit
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le 28 mai 2026
Pour son premier film huit ans après Place Publique, Agnès Jaoui démontre qu’elle n’a rien perdu de son goût pour les bons mots ni de son art de la réplique cinglante, bien qu’elle soit désormais orpheline de son complice Jean-Pierre Bacri, disparu en 2021, avec qui elle avait jusqu’ici co-signé tous ses scénarios.
La réalisatrice choisit pour décor un univers qu’elle connaît bien, celui du chant lyrique et de l’opéra, et nous plonge dans les coulisses d’une grosse production des Noces de Figaro. Ce microcosme, cet entre-soi pourrait-on même dire, lui permet de prendre le pouls de notre société, dont il constitue un miroir grossissant. S’y affrontent anciens et modernes, alors que le monde culturel doit faire des concessions à celui des affaires pour exister. Parmi celles-ci, offrir la mise en scène des Noces à une jeune influenceuse mode qui tente, malgré sa timidité, d’imposer une vision inclusive et féministe de l’œuvre. Ça ne va pas parler à toutes les générations – euphémisme.
L’Objet du Délit s’attaque aussi à un sujet inflammable et potentiellement casse-gueule. À travers plusieurs affaires qui agitent la troupe, Agnès Jaoui traite des violences sexistes et sexuelles et du mouvement #MeToo dans l’industrie du spectacle. Le film a l’intelligence de ne jamais réduire son propos à une opposition simpliste. Tout en dénonçant les comportements condamnables, des reflexes patriarcaux problématiques aux agressions des plus odieux prédateurs, il décrypte aussi les réactions collectives, les effets d’entraînement, les nouveaux réflexes de soutien salvateurs et les différents degrés de compréhension selon l’âge et le statut au sein de cette micro-société.
Si le scénario n’est pas exempt de maladresses, il convainc surtout dans sa manière très réaliste de traiter le sujet d’un point de vue collectif. L’ensemble sonne juste, précisément parce que Jaoui filme des comportements crédibles, des réactions que l’on imagine aisément surgir dans un environnement semblable.
La réalisatrice peut s’appuyer sur la vivacité et la justesse de ses dialogues pour renforcer la véracité des situations, mais aussi sur sa faculté à fédérer autour d’elle, à créer un esprit de troupe. Si les performances des nombreux comédiens qu’elle dirige sont parfois inégales, elle parvient malgré tout à trouver cohérence et fluidité grâce à sa mise en scène et à sa caméra mouvante passant facilement d’un personnage à l’autre, confirmant, s’il était encore besoin, son expertise des films chorals. Elle peut aussi compter sur des valeurs sûres de sa distribution. Daniel Auteuil apporte une fatuité très à propos à son personnage de lâche ordinaire, Eye Haïdara transmet une belle énergie et une conviction formidable et Oussama Kheddam séduit avec sa douce maladresse. Quand à Jaoui elle-même, elle s’offre un rôle plus en retrait qu’à l’accoutumée, moins vindicatif, presque apaisé.
Réalisatrice, autrice, comédienne, c’est un vrai plaisir de la retrouver, avec toutes ses casquettes.
Créée
le 1 juin 2026
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