2
80 critiques
L'Objet du délit
Quand j'étais ado ça m'est arrivé de regarder des films de Jaoui et Bacri avec mes parents, c'était un peu mou mais j'aimais bien et depuis j'ai plutôt gardé une bonne image de ces deux bobos qui...
le 28 mai 2026
On aura frôlé la catastrophe ! Car honnêtement, L'Objet du Délit s'annonçait comme un petit naufrage. Il aura fallu 8 ans à Agnès Jaoui, immense actrice, pour repasser derrière la caméra (son dernier film était le dispensable Place Publique). Depuis la disparition du regretté Jean-Pierre Bacri, son complice de toujours, elle ne s'était plus aventurée à la réalisation.
La première heure du film est absolument attroce. Un désastre, quand on se dit qu'à ce stade on n'a pas encore passé la moitié du film. On assiste à des castings de chanteurs et chanteuses d'opéra et à une prépa de spectacle où tout le monde semble se haïr d'entrée de jeu. C'est le projet des premières fois, que ce soit pour la metteuse en scène qui est une influenceuse-instagrameuse semblant parachutée sans aucun bagage dans le monde codifié de l'Opéra, que ce soit pour le producteur du spectacle qui fait ce qu'il peut pour tenir le navire à flot, ou bien que ce soit pour le régisseur, un videur pas très fut-fut embauché par le principal financeur du spectacle.
Le tout est poussif et semble faire un catalogue en bonne et dûe forme de toutes les remarques sexistes qui peuvent être dites dans le monde du spectacle vivant. Le régisseur lance des "eh miss" aux assistantes de mise en scène et aux costumières revêches, le chef décor s'agace des colonnes en forme de bites géantes que souhaite la metteuse en scène (on a droit à toute une variation pas très fine de "je te la mets où"). Il y a également la séquence où les chanteurs se rencontrent, et où on a droit à un quiproquo sur le rôle de Cora (interprétée par Eye Haïdara) : elle est noire, mais ne joue pas le rôle de la bonne dans la pièce, mais celui de chérubin. Sans parler de cette sous-intrigue sur une célèbre cantatrice qui met en scène sa position de victime en faisant monter le suspense sur une liste de 10 noms de harceleurs sexuels qu'elle s'apprête à révéler sur les réseaux sociaux et à la presse. À ce stade, tout ça est très caricatural (certain•e•s diront "nécessaire"), manque cruellement de finesse, et on se dit que ça va être long...
Et puis l'équipe arrive dans le Sud, et le scénario semble enfin démarrer. Un petit miracle : le film accroche le spectateur, on rentre enfin dans l'histoire.
L'intrigue tourne autour d'une affaire d'agression sexuelle. Le ténor Piazzoni, archétype de l'italien macho imbu de lui-même, agrippe fermement l'actrice qui joue Suzanne dans Les Noces de Figaro. Le caractère dramatique de la scène - et la metteuse en scène - l'exigent. Et sur le moment cela ne semble gêner personne, aucun des témoins de la répétition. Mais plus tard, en coulisse, Sophie (femme fragile qui - bien sûr - a eu des problèmes dans son enfance avec son professeur de chant) l'interprète de Suzanne se confie à certaines camarades, avouant qu'elle n'est pas à l'aise avec le fait de de faire tripoter sur scène par Piazzoni. À partir de là tout part en vrille : on déclare qu'il y a agression sexuelle et qu'il faut prendre des sanctions concernant le ténor. La machine ultra-féministe est en marche, c'est la spirale infernale, les jeux sont révélés. L'affaire échappe à Sophie, bientôt les accusations se retrouvent sur internet, puis les vampires journalistes entrent dans la ronde. Il y a une scène assez lunaire où l'équipe au grand complet est rassemblé sur une tente, pour débattre de la culpabilité du Ténor. Même ceux qui n'étaient pas présents au moment des faits sont invités à voter, sous la pression du regard populaire. Seule Hannah, jouée par Agnès Jaoui, trouve ce semblant de procès, cette mascarade, ahurissante. Il y a aussi ce jeune chanteur qui ose suggérer que tous les hommes ne sont pas forcément des violeurs en puissance, avant de se faire rapidement fermer son clapet.
Je lis sur beaucoup de critiques que le film reste sur le fil du rasoir, ne prenant pas explicitement parti pour ou contre l'agression. Laissant le spectateur seul juge. C'est peut-être (sans doute ?) mon côté masculin d'homme blanc pas spécialement féministe qui parle, mais je ne suis absolument pas d'accord. Pour moi le film d'Agnès Jaoui prend très clairement position. Il dit qu'on peut être le plus grand des conn**** macho et raciste, on n'en est pas pour autant forcément un agresseur sexuel pénalement punissable. Le titre d'ailleurs semble le confirmer : l'objet du Délit. Au contraire, le prédateur sexuel est celui qu'on ne voit pas venir.
Un peu réac la Jaoui ? Je ne sais pas. En tout cas elle règle ses comptes avec le mouvement MeeToo ! (D'ailleurs, en 2026, dans quel monde un ex-videur de boîte ne connaît pas MeeToo et demande "qui c'est ?"). La cinéaste ne va pas jusqu'à affirmer que la vraie victime dans l'histoire, c'est Piazzoni : sa réputation de Ténor est traînée dans la boue et tous ses prochains contrats sont subitement annulés. Il semble qu'il ne pourra plus jamais chanter en public.
Bien que ce soit pour ainsi dire toujours la même scène des Noces qui soit travaillée par les chanteurs-comédiens, les séquences d'Opéra font extrêmement plaisir, avec de beaux costumes et des décors somptueux (une ancienne carrière semble-t-il).
Dans sa deuxième moitié du film, le scénario recoupe assez adroitement les détails et petites intrigues disséminées : l'ensemble prend de la cohérence et ce qui apparaissait passablement décousu au début trouve son utilité dans le dernier acte.
On regrettera le rôle plutôt effacé de Daniel Auteuil en chef d'orchestre vieillissant et se demandant, à l'aube de la nouvelle ère, s'il a ou non des casseroles au cul. Sa trajectoire se devine aisément, et son talent est malheureusement souvent repoussé au second plan.
L'Objet du Délit sauve finalement les meubles après un début des plus poussifs. En voulant surfer sur les préoccupations féministes actuelles, la réalisatrice offre un film imparfait, qui traite finalement davantage des censeurs d'opinion et des dangers de l'effet moutons que des menaces liées aux agresseurs sexuels.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Le Cinéma, c'est mieux au cinéma !, 2026 : année cinématographique pétaradante, Festival de Cannes 2026 et Les meilleurs films avec Daniel Auteuil
Créée
le 31 mai 2026
Critique lue 512 fois
2
80 critiques
Quand j'étais ado ça m'est arrivé de regarder des films de Jaoui et Bacri avec mes parents, c'était un peu mou mais j'aimais bien et depuis j'ai plutôt gardé une bonne image de ces deux bobos qui...
le 28 mai 2026
6
295 critiques
On aura frôlé la catastrophe ! Car honnêtement, L'Objet du Délit s'annonçait comme un petit naufrage. Il aura fallu 8 ans à Agnès Jaoui, immense actrice, pour repasser derrière la caméra (son dernier...
le 31 mai 2026
6
102 critiques
Dans la petite salle où je vais voir le film, une bande de mamy qui viennent chercher le divertissement et la clim', papotent pendant les bandes annonces, elles sont rigolotes. La moyenne d'âge de...
le 28 mai 2026
8
295 critiques
Quel plaisir de retrouver Edgar Wright dans un univers dystopique aussi barré ! On savait que l’adaptation de Running Man était l’un des projets majeurs du réalisateur, qui lui tenait...
le 12 nov. 2025
10
295 critiques
Décidément, Damien Chazelle transforme en or tout ce qu’il touche, tout ce qu’il entreprend !A 37 ans, le réalisateur franco-américain aligne déjà les succès et se positionne comme un prétendant...
le 11 janv. 2023
9
295 critiques
Rares sont les films qui suscitent autant d’émotion chez le spectateur. Mississippi Burning fait partie de ces longs métrages devenus cultes instantanément, dès leur sortie au cinéma. Le racisme...
le 2 avr. 2025
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème