Agnès Jaoui revient avec L’objet du délit à son terrain de jeu favori : ces micro‑sociétés où les rapports de pouvoir se nichent dans les gestes, les silences, les maladresses. Après les familles et les cercles bourgeois, elle dissèque ici une troupe, un milieu qu’elle connaît intimement, pour montrer comment #MeToo s’infiltre dans les répétitions, les egos, les peurs, les alliances fragiles. Le film s’inscrit parfaitement dans son univers : un cinéma de comportements, pas de slogans.


Sa méthode : observer, laisser les personnages exposer eux‑mêmes les tensions du moment. Le chef d’orchestre (Daniel Auteuil, suavement lâche), pas très fier de lui, avance comme un homme qui sait qu’il a franchi des lignes mais espère que personne ne les pointera. Le chanteur principal, antipathique et paternaliste, incarne ce vieux monde persuadé que son talent excuse tout. La chanteuse principale (Eye Haïdara), révoltée, refuse les compromis et les silences. Et Jaoui, dans son rôle de diva plutôt en fin de parcours, tente de relativiser, de maintenir la troupe à flot, quitte à minimiser ce qui ne devrait pas l’être. Le film ne tranche jamais : il montre un milieu artistique qui cherche sa voix à travers #MeToo.


Jaoui filme une troupe comme une troupe : un organisme vivant, instable, vibrant. C’est méta, parfois un peu excessif, mais toujours juste. Les acteurs s’emportent, se retiennent, se contredisent, et ce désordre donne au film sa vérité. Mention spéciale à la scène sous la tente, où comédiens et techniciens défendent chacun une position avant de voter : un moment virtuose, fascinant, qui révèle la mécanique collective du jugement.


En réalisatrice, Jaoui cartographie les zones grises : micro‑abus, excuses maladroites, dynamiques de pouvoir qui ne font pas scandale mais abîment. Elle refuse la morale pré‑digérée. Ce n’est pas son personnage qui porte son message — la diva n’est qu’un point de vue — mais le film lui‑même, par sa structure et ses silences. Oui, il y a délit. Oui, il y a faute. Mais le jugement ne peut être prononcé par la foule.


La conclusion est limpide : dans ces sables mouvants, il faut louvoyer. Le coupable est identifié, puni, exclu, puis réintégré faute d’alternative. Et, en subtilité, il tente de s’amender. On peut pardonner à ceux qui finissent par demander sincèrement pardon. On peut reprocher à Jaoui d'aimer les hommes, malgré tout, mais pas de ne pas être lucide sur leur nature.

John-Peltier
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le 13 juil. 2026

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