L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

Trois ans après la sortie de son biopic historique «Oppenheimer», Christopher Nolan change de registre en signant cette fois-ci son adaptation du célèbre ouvrage mythologique d'Homère (découvert pour ma part à la période du lycée, et qui m'avait alors beaucoup plu).


En résulte une œuvre dense et labyrinthique, dont seul le cinéaste britannique a le secret, mais qui pourtant ne figurera pas, à mes yeux, dans ses films les plus marquants/réussis, et ce malgré les thématiques vraiment intéressantes (et trouvant un certain écho dans notre réalité, un peu à l'image de sa précédente réalisation) qu'il peut traiter au sein de l'adaptation qu'il a lui-même écrit.


Le récit d'une guerre qui a pris fin douloureusement et du voyage retour qui s'en suit. Un voyage se transformant en malédiction pour Ulysse (un Matt Damon très incarné et en très bonne forme physique) et ses compagnons d'infortune, voguant d'épreuves en épreuves et semblant condamnés à ne jamais pouvoir rentrer chez eux.

Bien des années plus tard, à Ithaque, le royaume d'Ulysse, Pénélope (Anne Hathaway, entre détermination et résilience) et son fils Télémaque (un Tom Holland plutôt à la hauteur de son rôle) espèrent toujours son retour, tandis que les prétendants, pressés de s'emparer du trône laissé vacant, se sont installés au palais.


Construisant son film sur une narration non-linéaire (la déconstruction de la temporalité traditionnelle est une habitude chez Nolan, et ce depuis «Memento»), cette «Odyssée» nous parle de la culpabilité et du traumatisme de la guerre (Ulysse est l'architecte de la ruse du cheval de Troie, qui marquera la reconquête de la cité dans un véritable bain de sang et de destruction) et de cette prison mentale que s'est construit Ulysse au cours de ce très long périple, faisant écho à une sorte de purgatoire dont les dieux seraient aux commandes.

Il nous parle aussi de la mémoire et du souvenir, de ce qu'il nous reste de l'être absent, entre légende et réel, de ce qu'on peut oublier et de ce qu'il reste ancré en nous malgré le temps qui passe, de cette promesse que l'on s'était faite, il y a bien longtemps.


Une œuvre, tournée entièrement en IMAX, à la fois grandiloquente et plus introspective et qui, à mes yeux, semble mieux marcher quand elle traite de sujets plus terre-à-terre (la guerre de Troie encore une fois, ou encore le renversement de pouvoir qui se met en place à Ithaque) que quand elle veut essayer de se plonger dans sa dimension plus fantastico-mythologique, qui manque parfois d'incarnation, d'une véritable tension (à l'image de la séquence du cyclope qui, même si la créature est bien faite dans son rendu visuel, m'a un peu laissé de marbre au final ; même ressenti pour le tourbillon de Charybde, pas si terrifiant que ça, ou encore de l'attaque de Scylla, au rendu visuel assez discutable).


Comme si le traitement trop "réaliste" de Nolan se refusait à assumer pleinement cet aspect-là du récit, ce qui a pu provoquer une certaine distance entre moi et ce que je pouvais voir à l'écran dans ces segments-là.


Il n'empêche que d'autres séquences sont plus réussies dans cette veine-là au cours du film (la séquence de l'attaque des Lestrygons (un peu trop expéditive, mais assez tendue), celle des sirènes, ou encore celle de la transformation des compagnons d'Ulysse en cochons par la sorcière Circé (un moment presque horrifique, m'ayant un peu rappelé un certain «Willow»)).


Mais j'avoue resté plus adepte d'un bon vieux «Jason et les Argonautes» (1963), revu pour l'occasion il y a quelques jours, et qui m'a finalement plus transporté à ce niveau-là.


Et petite remarque concernant les armures, qui ne m'ont pas toutes parues au même niveau côté look (notamment celle d'Agamemnon ou encore celles des Troyens, un peu trop factices dans leur rendu).


Quant à l'émotion (un point plutôt fragile au sein de la filmographie de Nolan), qui était assez absente jusque-là, celle-ci émerge un peu lors du dernier tiers du film (le plus réussi à mes yeux), marquant le retour d'Ulysse sur les terres qu'il avait quitté il y a 20 ans de cela, plus déterminé que jamais à retrouver les siens, et à se débarrasser des prétendants qui ont élu domicile chez lui et juré sa perte (mené par le machiavélique Antinoos, interprété avec talent par Robert Pattinson).

Bouclant quelque part la boucle avec le début du film, Ulysse n'y est plus juste un souvenir, mais une réalité, se reconnectant avec sa femme et son fils, d'abord de manière anonyme, puis au grand jour.

Un dernier chapitre plus intimiste, mais donnant également lieu à l'une des meilleures séquences d'action du film (avec les séquences nocturnes à Troie).


Bref, cette adaptation personnelle d'un ouvrage millénaire, présentée comme LA sortie de cet été, donne lieu à une épopée tragique, qui marche en général mieux dans ce qu'elle m'a raconté quand dans ce qu'elle m'a montré (ou plutôt la manière dont elle me l'a montré, manquant par moments d'une véritable incarnation dans son aspect plus surnaturel, ce qui a participé à étouffer l'émotion une bonne partie du film), ce qui ne l'empêche pas de proposer plusieurs scènes d'une grande maîtrise et qui impriment la rétine.


Une œuvre cinématographique imparfaite, mais imposante de presque 3h, dont je n'ai quasiment pas vu le temps passer, et qui est définitivement faite pour être découvert en salle. Parce que les grands voyages méritent le grand écran.


Et si ce film vous donne envie de vous (re)plonger dans l’œuvre d'Homère, c'est encore mieux.


P.S.: cette note sera peut-être amenée à évoluer lors d'un hypothétique second visionnage (mais pas tout de suite).

Raphoucinevore
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les meilleurs films de Christopher Nolan

Créée

le 17 juil. 2026

Critique lue 113 fois

Raphoucinevore

Écrit par

Critique lue 113 fois

14

D'autres avis sur L'Odyssée

L'Odyssée

L'Odyssée

8

Kelemvor

786 critiques

Christopher Nolan a trouvé son Ithaque : le voyage impossible d’un cinéaste face aux dieux

Adapter L’Odyssée après plus de deux millénaires d’interprétations, de traductions et de détournements, c’est accepter de se mesurer à un récit qui appartient moins à son auteur qu’à la mémoire...

le 15 juil. 2026

L'Odyssée

L'Odyssée

7

Sergent_Pepper

3192 critiques

Du chant et des armes

Le parcours de Nolan est passionnant : c’est l’un des grands réalisateurs en activité, parmi les rares de cette génération à pouvoir déplacer les foules sur son seul nom. Après s’être illustré dans...

le 16 juil. 2026

L'Odyssée

L'Odyssée

3

Plume231

2404 critiques

Chante, déesse... une autre version !

Cela vaut le coup de tourner en Grèce, en Italie, en Écosse, en Islande et au Maroc, qui plus est avec un format IMAX, si c'est pour chier des images aussi attrayantes pour l'œil que des vues de...

le 16 juil. 2026

Du même critique

Il reste encore demain

Il reste encore demain

8

Raphoucinevore

405 critiques

La Difficile Vita

Premier film de l'actrice Paola Cortellesi (également personnage principal ici) et grand succès critique et public (récompensé par le Prix Spécial du Jury et le Prix du Public au Festival du Film de...

le 16 mars 2024

The French Dispatch

The French Dispatch

7

Raphoucinevore

405 critiques

Comme un gosse dans un TGV

Arthur Howitzer Jr., le rédacteur en chef du célèbre journal "The French Dispatch", décède subitement. Pour lui rendre hommage, un choix d'articles qui ont fait la gloire du journal sont réédités...

le 25 oct. 2021

Le 15h17 pour Paris

Le 15h17 pour Paris

2

Raphoucinevore

405 critiques

Un saut dans le vide...littéralement

Ça vous est déjà arrivé de vous retrouver devant un film et de vous questionner sans cesse sur ce que vous faisiez là, que vous vous étiez trompé de salle et que vous pourriez être ailleurs pour...

le 7 févr. 2018