Le film est très beau, assez impressionnant tant au niveau des images que du son, un sacré souffle et des scènes à le couper, le souffle.
La version Nolan de l'Odyssée m'a questionné par son côté très fortement crépusculaire. Ulysse y est un héros fatigué, mais surtout en partie désabusé.
On comprend à la fin qu'il considère que la ruse du cheval de Troie avait brisé quelque chose, un interdit, de fondamental. Et qu'il était l'artisan involontaire de la fin d'un monde. "L'idée d'un seul homme", dit-il à un moment. La civilisation renaîtra, et nous oublierons encore nos erreurs, indiquent Ulysse et Pénélope dans le final.
Difficile pour moi de ne pas faire le parallèle avec Oppenheimer , qui lui aussi montre un homme conscient d'avoir changé le monde et d'être "devenu la mort". De deux points temporels très éloignés, la boucle est bouclée.
Tout ça s'accompagne de choix assez forts sur la représentation d'Agammemnon, fusionné avec son armure imposante, d'une certaine ambiguité avec le fantastique (même si on y va très franchement) et d'une volonté de placer ce récit avant Homère. Donc avant la pleine mise en chant (même si elle a lieu partiellement dans le film). Des temps très lointains, suivis de ce fameux âge sombre, au terme duquel ces récits relatés sur des siècles et des siècles trouveront leur incarnation pérenne dans l'Odyssée.
Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire, ce ne sont que quelques réflexions jetées pêle-mêle sans vraiment les creuser ; je prendrai peut-être la peine d'approfondir cette critique plus tard. On y trouve aussi des choses intéressantes sur le temps, la guerre, la mort. Très fort monologue d'Elliott Page sur ce thème, d'ailleurs.
En tout cas, c'est le film de Nolan qui m'a le plus laissé songeur, dans le bon sens du terme.