L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

Malheureusement, n’ayant pas la chance d’habiter près d’une vraie salle IMAX en 70mm, c’est en version cinéma classique que je vais vous parler du dernier mastodonte de Christopher Nolan.


Et quel soulagement ! Si certains pensent que Pénélope a été patiente, on peut tous se féliciter : 22 ans ! Cela fait 22 ans qu'on attend un film digne de ce nom sur l'Odyssée, depuis le chef-d’œuvre Troie de Wolfgang Petersen. Comme vous l’aurez compris, ma mythologie préférée est la grecque. Ayant lu L’Iliade et L’Odyssée depuis tout petit, j’attendais le projet au tournant. Je partais même sceptique, malgré le grand Nolan aux commandes.


Certains grincheux resteront sur leur faim en disant que cette relecture n’apporte rien au mythe. C’est faux. Il était essentiel d’apporter une vision non manuscrite, purement cinématographique, à cette œuvre. Et l'interprétation de Nolan est exactement comme je l’imaginais. Aujourd’hui, on passe notre temps à flinguer les adaptations littéraires de grands classiques (à mon sens, la dernière à avoir fait l’unanimité, c’était Le Seigneur des Anneaux, c’est pour dire…). Ici, Nolan réussit son coup. Il nous fait "du Nolan" : plusieurs temporalités imbriquées, des flash-backs qui se complètent, des récits secondaires poignants… mais ça reste classique, fluide et simple à comprendre. Il maintient une tension prenante de bout en bout, à la manière d’un Oppenheimer.


Une odyssée philosophique et tragique

Au-delà de l'aventure, le film penche brillamment vers la philosophie en abordant de nombreuses thématiques profondes. Je pense notamment au péché et au sacrifice qui mènent tragiquement à la fin de l’âge de bronze grec, parsemés de références bibliques marquantes (comme la crucifixion de Sinon).


La culpabilité est omniprésente, surtout après le massacre surprise de Troie, perpétré au mépris des lois de Zeus. Et bien évidemment, la perte de contrôle : le parcours d'Ulysse est une lutte constante contre le destin et la prédestination. Pourtant, Nolan conclut son œuvre sur un message d'espoir grandiose. Malgré la brutalité, la vanité et la propension de l'homme à se créer des ennemis, notre salut réside dans notre capacité à naviguer ensemble vers un destin commun. À la fin, la seule culture qui compte, c'est celle de l'humanité.


Une immersion physique et sensorielle

Nolan nous livre une immersion étouffante à travers le point de vue d'Ulysse. La scène de survie des soldats à l'intérieur du Cheval de Troie est d'un réalisme ultra-réaliste et oppressant. Le tout est sublimé par une bande-son magistrale, avec une mention spéciale pour le thème de la relation entre Pénélope et Ulysse.


J’ai entendu mes voisins de siège râler à cause du son trop fort dans la salle. Ils n’ont rien compris : c'est fait exprès ! Le but est de nous immerger à la première personne pour nous faire ressentir ce qu'Ulysse subit, tout comme l’utilisation massive d'un effet stroboscopique (ce clignotement violent entre l'ombre et la lumière) qui nous agresse les yeux pour mieux nous plonger dans son calvaire.


Un casting cinq étoiles

Le casting est magistral :

- Matt Damon livre une prestation d'une immense force dramaturgique. Il incarne à la perfection la tristesse et la résolution de l'Ulysse d'Homère.

- Tom Holland est d'un naturel désarmant face à l'oppression des prétendants, il joue ses scènes avec brio.

- Robert Pattinson est brillant, impeccable dans le rôle d'un manipulateur lâche et visqueux.

- Big mention honorable à John leguizamo et Anne Hathaway


Côté direction artistique, le design des Troyens, du cheval ou d'Agamemnon est très inspiré. Seul petit bémol : dans quelques années, le rendu visuel du Cyclope et des géants aura peut-être un peu mal vieilli. Mais cela n'enlèvera rien au film, qui est calibré pour devenir un classique qu'on reverra souvent sans jamais s'en lasser.


En bref

Le film est extrêmement bien rythmé et passe tout seul. Il n’y a pas grand-chose à critiquer tant l’interprétation de l’œuvre frôle la perfection.

Une œuvre brillante, pleine de ruses et de stratégies fines... dont certains de nos hommes politiques actuels feraient bien de s’inspirer !


Cinéphilexement vôtre.


BONUS

Pour les plus téméraires voici une critiques hardcore en vers au style et à la plume d'Homère,


Loin des salles IMAX et des géants de lumière,

J'ai vu le film, humble, en version ordinaire.

Si Pénélope attendit, vingt-deux ans durant,

Le retour du héros, loin de son rang,

Vingt-deux ans nous avons, tel un peuple en souffrance,

Attendu ce Nolan pour rompre le silence.

Depuis *Troie* et Petersen, le mythe dormait,

Mais le grand Christopher, enfin, l’animait.


Certains, grincheux, diront : "Le mythe est égaré !"

Que cette relecture n’a rien à nous montrer.

C'est faux ! Il fallait briser le manuscrit antique,

Pour offrir au grand écran une vision épique.

Nolan joue de ses temps, de ses fils qui s'entremêlent,

Comme au temps de l'Anneau, quand la fiction était belle.

C'est fluide, c'est limpide, une tension de guerrier,

Qu'Oppenheimer lui-même n'aurait pu renier.


Le film n'est pas qu'aventure, il est de philosophie,

Sur le péché, le poids de l'âge et sa prophétie.

De la trahison de Troie aux lois de Zeus bafouées,

Ulysse lutte, en proie aux ombres déchaînées.

Mais au bout de l'effort, Nolan offre l'espoir :

Malgré l'homme et sa vanité, son sombre pouvoir,

C'est en naviguant ensemble, unis par l'humanité,

Qu'on trouve le salut, et la seule vérité.


Dans le cheval de bois, l'enfer est étouffant,

Le réalisme frappe, le souffle est triomphant.

Le son gronde, il tonne, agresse le voisinage ?

C'est l'immersion totale, le prix du voyage !

L'effet stroboscopique, en ombres et lumières,

Nous plonge dans le calvaire, au cœur de la matière.


Matt Damon est le roi, d'une force à pleurer,

Quand Holland en prétendant, sait nous désarmer.

Pattinson est visqueux, un lâche manipulateur,

Et Leguizamo, Hathaway, sont au rang des acteurs.

Seuls le Cyclope et ses pairs, en effets numériques,

Vieilliront peut-être moins bien que ces traits héroïques.


Rien ne sert de chercher la faille ou le défaut,

Le rythme est impeccable, l’œuvre est à son apogée haut.

Une leçon de ruse, un festin d'artisan,

Dont nos politiques devraient prendre l'élan !


cinephilex
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le 16 juil. 2026

Modifiée

le 16 juil. 2026

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