En nous offrant des œuvres aussi puissantes que "Le Prestige" ou "Interstellar", Nolan s'est à la fois érigé un trône et tiré une balle dans le pied. Sa renommée lui permet de financer n'importe quel projet, mais tout le monde l'attend au tournant et certains sont bien plus durs avec lui qu'ils ne le seraient avec un réalisateur inconnu, car ils espèrent revivre les claques de ses plus beaux films.
L'Odyssée est un film efficace et ambitieux, qui m'a fait passer de bons moments, et que j'ai eu la tentation de critiquer davantage pour ce qu'il aurait pu être que pour ce qu'il est réellement. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, ni même un film que je recommanderais spécialement, mais je l'ai plus abordé comme une œuvre mythologique que comme un Nolan, si bien que ma barre était formidablement basse.
En effet, en ces temps de disette mythologique, on n'a rien eu de potable sur la Grèce fantastique depuis "Les Immortels" de Tarsem Singh, il y a quinze ans (injustement méprisé) et les gros studios nous chient des merdes indignes comme "Le Choc (ou La Colère) des Titans", à dose homéopathique. Les comparaisons biaisées, ça fonctionne dans les deux sens.
Bref, commençons par le casting hors de prix, mais pas si enthousiasmant :
• Matt Damon, c'est toujours une bonne idée. Il a eu maintes occasions de confirmer son talent ces dernières années, et s'il ne fait rien de particulièrement fabuleux dans L'Odyssée, ça reste une performance solide.
• Robert Pattinson est toujours aussi bon pour jouer des personnages détestables. Il a lui aussi largement confirmé son talent et ce ne sera une surprise pour personne.
• Anne Hathaway me laisse indifférent, voire un peu ennuyé. J'associe son regard de biche effarouchée à des comédies romantiques et ne suis jamais spécialement heureux de la voir à l'écran.
• Zendaya cachetonne et apparait pendant deux minutes de visions, comme dans Dune part 1. Et ce n'est pas plus mal, parce que je frôle l'overdose.
Accrochez-vous, on a bientôt fini :
• Tom Holland est à 2% sur une échelle de charisme allant de Sam Worthington à Mads Mikkelsen. Il colle bien à son personnage.
• Charlize Theron s'est trompée de plateau et venait jouer dans Desperate Housewives. Son maquillage et son visage sont totalement hors sujet.
• Samantha Morton n'a que quelques minutes à l'écran, mais elle vole la vedette à tout ce beau monde dans ce qui est sans conteste la meilleure scène du film.
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L'Odyssée a coûté cher, et ça se voit. Pas juste pour son casting, mais aussi ses décors, ses costumes, sa mise en scène et ses effets spéciaux. Visuellement, je suis partagé : j'aime beaucoup que le film cherche à surprendre en refusant de suivre les canons des créatures mythologiques qu'il réinvente pour nous permettre de ressentir l'impression d'étrangeté qu'ils doivent susciter. Mais certains de ses choix ne m'ont pas plu, et les armures sont laides.
La sensation d'épopée fonctionne, dans l'ensemble : on passe d'une île à l'autre et certaines péripéties mettent une pression monstre (particulièrement la seconde île, puis celle des animaux), mais à l'inverse, le début m'a paru chaotique et maladroit, avec trop d'histoires dans les histoires et une tonne d'exposition mal gérée.
Le film trouve son rythme avec le début du voyage, sur la première île, et m'a rarement perdu après cela, mais j'ai quand même tiqué sur pas mal de séquences mal montées (le passage du temps, et ce qui est censé prendre des années, ressenti comme quelques jours), des séquences longuettes et un combat final interminable à la chorégraphie honteuse.
Je suis sorti du film empli de sentiments contradictoires. J'aurais adoré voir l'Interstellar de la mythologie grecque, mais j'ai 'juste' vu un bon divertissement, avec quelques images réellement fantastiques, un casting inégal, des petits ratés, et quelques très bonnes scènes, qui font pencher la note vers du 6-7. Et je me sens d'humeur généreuse.