L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

Nolan a-t-il écouté une version contée de l'Odyssée (as Homère intended) ?

L'Odyssée de Nolan est un film qui fera débat pour sûr. S'attaquer à l'origine de la littérature occidentale, ne peut se faire sans y laisser des plumes, surtout si ce film est un blockbuster. Les qualités de ce film sont évidentes - téma le budget aussi - mais prises dans un ensemble, cela reste un film moyen à mon sens. Oui c'est une adaptation, on ne peut pas coller au texte parfaitement - c'est pas le but - des choses ont dû être mises de côté mais ça ne justifie pas tout. Aucune mention de spoiler dans cette critique, c'est bon vous aviez 3000 ans pour lire le livre (et l'étudier en 6ème).


Si le film semble vouloir être au plus proche des ressentis des personnages et de ce qu'il vivent, rompant de fait avec une vision américaine du "héros" sans peur et sans reproche, cette américanisation du héros revient au galop - le cheval Troie même tu sais -. Ulysse a fait la guerre de Troie et l'a lâchement gagnée. Le personnage "rusé" dans tout les sens du terme (positif comme négatif) est condamné à l'exil parce qu'il a fait la guerre. Ce narratif bien que correspondant avec des éléments de l'Odyssée - Athéna en colère contre des grecs pendant la guerre, n'agit pas lorsque Poséïdon le punit, mais on y reviendra - nous ramène encore à ces hommes vétérans qui ont fait la guerre, mis au ban souffrent. De fait toutes les émotions des personnages et d'Ulysse notamment deviennent très insipides. Ou alors je suis très hermétique au jeu d'acteur à l'américaine quand il s'agit des émotions - arrêtez de gueuler pour exprimer la tristesse ou de faire des visages stoïques dire "je souffre" -.


La guerre est donc la cause de la souffrance d'Ulysse, aucune hybris de sa part ne cause son malheur. Calypso est la bonne femme calme et amoureuse du beau Ulysse qui lui donne à manger des fleurs de Lotus et l'écoute écouter son histoire - RIP les phéaciens -. Circée transforme les hommes en cochon parce qu'elle aime la poterie. A nouveau le rapport à la sexualité et des femmes aux hommes est occulté, faudrait pas choquer les américains, sauf avec Pénélope, mais elle a le droit elle. A mon sens, il y a un volonté de passer par l'émotion pour retranscrire l'Odyssée, mais ça ne m'a jamais atteint - sauf pour Argos -. C'est toujours l'émotion édulcorée à la sauce américaine, c'est à dire surjoué et sans saveur. C'est d'ailleurs dans la tentative d'expression de la solitude d'Ulysse qu'on retrouve cela, il ne paraît jamais vraiment dans une profonde solitude car il est toujours traversé par les PTSD de la guerre, les américains sont-ils capable de faire pleurer leurs personnages pour ce qu'ils ressentent vraiment ? Pris dans son ensemble, la narration globale me paraît passer à côté de quelque chose, et pourtant il y a une volonté de respecter le récit enchâssé et la polyphonie de l'Odyssée. Il y a un sentiment de gêne, quelque chose qui ne me touche pas profondément. Oui je vois qu'Ulysse est seul, non je ne ressens pas cette solitude. La seule empathie que j'ai eu, encore une fois est pour Argos et puis c'est parti dans un combat grotesque à l'américaine, en mode Ithaque Fight Club. Antinoos est insupportable d'ailleurs.


Pourtant, j'y trouve des qualités à ce film : une image globalement belle, bien que parfois vide pour rien - l'île de Calypso, certaines scènes en mer trop "plates" -. On retrouve des hommages au peplum à des films antérieurs qui racontent l'Odyssée. Il est plaisant de voir des plans rappelant des tableaux célèbres, les peintures de Goya pour le cyclope notamment, mais encore une fois cela ne me semble pas suffisant.

Pris à part certains passages sont satisfaisants, même si la narration de Circé pêche, l'aspect modelage des hommes ne me dérange pas au contraire, il y a quelque chose du body horror - si le terme est pas trop exagéré - et sensoriel. Idem pour le passage des sirènes, scène tant attendue car elle est l'une des plus célèbres de l'Odyssée et sans le jeu d'acteur insupportable, il y a une vraie fantaisie de la scène qui se dégage, avec une mention très particulière à la bande son musicale de cette séquence qui est sublime. Enfin la scène de la mort d'Argos est à mon sens celle prend le temps de "respirer" et de se laisser prendre par l'émotion de ce qu'elle raconte jusqu'à ce que Télémaque ouvre sa bouche, le chien a mieux compris que toi - pour ensuite repartir dans du rocambolesque à l'américaine, boum boum bagarre - .


Enfin une dernière question se pose, la place des dieux dans ce film. Elle est là où il faut pour moi, c'est-à-dire partout dans la nature et dans les hommes et nulle part physiquement. Quand on sait qu'il y a une vraie réflexion sur le fait que les Grec croyaient ou non en leurs dieux, cela donne une vraie dimension antique au film. D'autant plus qu'une autre théorie est de dire que les grecs donnaient à chaque phénomène physique le nom d'une divinité, une manière de nommer - métaphoriquement - des phénomènes physiques qu'ils ne peuvent expliquer. Ici on ne sait jamais si les Dieux sont là ou non, et d'ailleurs ils n'interviennent jamais directement dans les affaires des hommes, et on ne sait jamais s'ils sont les moteurs de l'action, mais les personnages sont toujours poussés par des forces qui les dépassent. La représentation d'Athéna est d'ailleurs pertinente puisque cette double image d'une fidèle et/ou d'Athéna montre bien les enjeux humains et divin, même si encore une fois on ne va pas parler de pourquoi Athéna est en colère contre les grecs pendant la guerre de Troie - coucou Cassandre, tu as été remplacée par une statue à qui on coupe la tête, on parlera VSS plus tard, faut pas choquer les mascus qui eux ont fait la guerre poliment -.

Il y aurait beaucoup à dire d'ailleurs de la place des femmes dans ce film car outre Pénélope qui a une vraie présente à l'écran - mais bon Anne Hathaway quoi -, idem pour Hélène/Clytemnestre - force à Lupita Nyong'o d'ailleurs -, elles sont occultées alors qu'elles ont une place centrale dans l'Odyssée.


Oui c'est une adaptation, oui tout ne pouvait pas être traité, elle a le mérite de relancer l'appréciation pour ce si grand texte, mais pris dans l'ensemble il y a une vraie frustration à voir ce film (peut-être je n'ai pas payé ma place assez chère puisque je ne l'ai pas vu en IMAX 70 mm).

Homère l'aurait-il vu dans ce format ? Illiade de l'incertitude à cela.

Micuit
3
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le 20 juil. 2026

Critique lue 14 fois

Micuit

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