Note : 10/10
On n'a pas eu — et on n'aura probablement plus de sitôt — une interprétation d'un mythe d'une telle ampleur et d'une telle qualité.
Avec L'Odyssée, Christopher Nolan signe tout simplement ce qui est, à mon sens, son meilleur film. Un chef-d'œuvre qui s'empare d'un monument de la littérature pour en faire une œuvre d'art moderne, sensorielle et thématiquement vertigineuse.
Une narration brillante : L'écho de la tradition orale
La plus grande force du film réside dans son dispositif narratif. Nolan prend le parti de la subjectivité d'Ulysse, en articulant l'intrigue autour de ses propres souvenirs morcelés et de récits rapportés par d'autres.
Cette perspective offre une liberté totale pour remodeler certains épisodes selon la perspective et la voix du narrateur, tout en respectant l’essence même du texte classique.
Cette mise en abyme fait magnifiquement écho à la manière dont l'Odyssée a traversé les siècles : par des chants, des poèmes et des récits oraux. (Pour les quelques sceptiques au fond de la salle, la fin du film le verbalise d'ailleurs textuellement de manière presque amusante !).
Une mise en scène à couper le souffle
Nolan s'éloigne des codes héroïques traditionnels pour privilégier une approche plus viscérale, axée sur l'usure des corps et des esprits. Visuellement et sensoriellement, le film propose des moments de cinéma pur :
- Le silence des Sirènes : Priver le spectateur de son durant ce passage, afin de nous rendre uniquement témoins de la détresse et de la fascination d'Ulysse, est une idée incroyable.
- L'horreur de Circé : La séquence chez Circé est un choc visuel bluffant. On frôle le Body Horror avec une utilisation magistrale d'effets pour les transformations.
- L'inadaptable enfin adapté : Nolan ose porter à l'écran des segments réputés impossibles à filmer, comme le passage de la forêt changeante, quitte à faire des choix de montage radicaux.
Le "facteur Nolan" :
Soyons honnêtes, aucun film n'est parfait. Mais ici, les quelques faiblesses sont si négligeables face à la proposition globale qu'elles n'impactent en rien mon coup de cœur.
Nolan a préféré sacrifier ce qu'il maîtrise le moins pour concentrer toute l'énergie du film sur ses forces (l'ambiance visuelle, la tension, l'onirisme). Un compromis payant qui sert la qualité globale de l'œuvre.
Plus qu'un grand film, L'Odyssée est une expérience sur les conséquences de la guerre et la nature humaine. Une œuvre qui s'installe directement au sommet de la filmographie de Nolan. On se demande bien comment il pourra faire mieux à l'avenir. Un 10/10 mythologique.
PS : Je remercie grandement Fabien de la chaine Youtube : Le Petit Cinoche de Fabiien avec qui j'ai eu l'occasion de parler du film en sortant du cinéma et qui m'a notamment aidé à mettre des mots sur ce que j'avais ressenti du film.