J’ai aimé ce film, même si Nolan n’a pas forcé son talent pour ce récit. Et, pour évacuer les reproches que je peux lui faire, je trouve qu’il pêche sur ces points où il est d’habitude solide : les deux grosses scènes d’action (la prise de Troie et la scène avec les prétendants) sont plutôt brouillonnes par rapport à ce qu’il nous propose dans ces autres films.
De même, les points de passage sur lesquels on pouvait l’attendre (le Cyclope, les Sirènes, les Lestrygons, Charybde et Scylla, Circée) sont (hormis le dernier et un peu le Cyclope) soit expédiés, soit pris avec beaucoup de recul.
Je ne m’aventurerai pas sur les critiques faites a posteriori par les tenants de l’extrême-droite en manque de culture et de structure cérébrale, et qui ont cherché à expliquer que le réalisme de ce récit (rappelons-le à ces braves gens) laissait à désirer, avec des remarques fleurant le racisme et la transphobie rances.
Comme souvent chez le réalisateur britannique, on peut remarquer une certaine complaisance à aller chercher le plan ultime, tel Kubrick. Et ici, souvent, ça marche. La scène avec ce cheval planté dans les sables, ces bateaux perdus sur une mer décidément trop grande pour eux, cette île de captivité avec Calypso sont vraiment des images qui marquent.
Le travail sur le son et la lumière et poussé à l’extrême, et permet de vivre une expérience sensorielle paroxystique que peu de réalisateurs à l’heure actuelle sont en mesure de nous offrir. Il adore jouer sur la plausibilité des faits (le cheval de Troie est montré sous un jour moins glamour en intérieur qu’en extérieur, le Cyclope n’est, en définitive, qu’un berger voulant défendre son troupeau…), et ceci permet de mettre les actes et les personnes en perspective.
Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce récit de retour, avec toutes les interrogations qui secouent le personnage (quelle est l’utilité de ce retour ? Comment sera mon ancien monde après mon retour, et sont-ils prêts à celui-ci?), c’est les passages intimes qu’il est capable d’offrir. Les scènes entre Télémaque et sa mère sont souvent justes, celle-ci n’hésitant pas à le mettre en questionnement par rapport à ce qu’est son destin, alors que ce dernier la questionne sur la réalité de ses sentiments.
Le récit est ainsi fait qu’il nous laisse face aux interrogations d’un Homme : le passage aux Enfers lui permet de mettre en interrogation le bien fondé de tous ses actes a priori héroïques, choses que Circé, en révélant la vraie nature de ses compagnons, lui avait fait toucher des doigts.
Cette recherche de pureté des actions atteint son sommet lorsqu’on découvre que la déesse avec laquelle il parle a le visage d’une conséquence de la prise de Troie. On peut alors se poser la question : a-t-il donné à Athéna le visage si pur de cette jeune femme massacrée, ou alors s’invente-t-il cette déesse afin d’expier ce traumatisme ? Les événements qu’il subit sont-ils de nature divine ou la simple conséquence d’actes hautement répréhensibles que lui est ses hommes ont commis ?
Ce questionnement porte le récit. Et c’est ce qui le rend très touchant.