On s'attend à l'histoire d'un grand voyage, à un film d'aventure maritime, dans lequel les dieux apparaissent et essayent d'influencer activement l'issue de chaque rencontre, mais Nolan a fait le choix d'écarter les dieux, et de montrer Ulysse comme un homme malmené et tourmenté. Le héros ici n'est pas l'invincible taiseux Achille (Brad Pitt dans le film Troie, 2004), c'est un leader juste, rusé, mais c'est avant tout un combattant, un soldat avec ses traumatismes de guerre, rongé par le souvenir de ceux qu'il n'a pas pu sauver, et par la violence des exactions auxquelles il a participé.
Par rapport à la mythologie, Nolan a fait quelques écarts, qu'on lui pardonne :
- il n'a pas l'occasion de dire au cyclope Polyphème que son nom est "Personne"
- son passage chez Circé est un passage éclair, et elle ne lui propose pas de coucher avec elle (alors qu'il est censé avoir plusieurs enfants avec elle ?)
- Calypso est celle qui lui donne du Lotus, ce qui trouble sa mémoire, alors que cette fleur est normalement propre à l’île des Lotophages.
- Après l'épreuve de l'arc, Péneloppe comprend que le mendiant est Ulysse, alors que normalement elle reste méfiante et n'est encore convaincu de son identité
- Le couple n'est pas censé quitter Ithaque et laisser Télémaque régner.
L'adaptation n'était pas évidente. Il y a plusieurs scènes de combat ou de massacre un peu longues mais inévitables, on reste sur un très bon film : les acteurs sont bons, le scénario est rythmé, le retour d'Ulysse est bien mené (moment d'émotion avec le dernier souffle de son chien Argos).