J'avais peu d'attentes pour cette Odyssée revisitée, dont je n'avais entendu parler qu'au travers des polémiques et d'une bande-annonce qui ne présageait, pour moi, rien d'extraordinaire. Le nom de Nolan et la promesse d'un film ambitieux (tout de même 2h52 et un casting VIP) sur rien de moins que l'un des textes de fiction les plus célèbres, m'ont tout de même poussé à réserver ma place pour le jour de sa sortie.
Eh bien... pourtant plutôt friand de Nolan à l'accoutumée — dont j'ai vu et apprécié la majeure partie de la filmographie —, je n'ai dans l'ensemble pas été embarqué par cette Odyssée. Alors oui, il y a du positif, et je commencerai par là : on passe un moment agréable à suivre le roi d'Ithaque en déroute, malmené par un Poséidon revanchard. Le film conserve les événements de l'histoire originale, que l'on prend évidemment plaisir à voir à l'écran dans un film à gros budget. Certains passages sont assez marquants ; je pense notamment à la confrontation avec les impressionnants Lestrygons, ou à la première rencontre avec le Cyclope.
Malgré un tel matériau initial, le film a cependant réussi l'exploit de me procurer un sentiment d'ennui profond, ainsi qu'une sensation de gâchis et de superficialité.
En une phrase, le film souffre d'un manque de profondeur de ses protagonistes et de son univers. Au fond, on sait peu de choses d'Ithaque et de son peuple, si ce n'est qu'ils doivent respecter la « loi de Zeus »... antienne qui revient lourdement tout au long du film, frisant à mon sens le comique de répétition. Ulysse est présenté comme un homme exceptionnel, mais le film nous en dira peu, si ce n'est qu'il est le seul à pouvoir bander son arc et qu'il est capable de tirer entre une rangée de haches — ce qui en fait évidemment un être formidable. Il a également une femme, Pénélope, interprétée par Anne Hathaway (dont l'interprétation est probablement l'une des plus convaincantes du film), et un fils, Télémaque, interprété par Tom Holland, dont la relation avec son père restera peu convaincante.
Le casting n'arrange pas les choses, car même si je ne doute guère des qualités des interprètes, cet excès de stars américaines m'a sorti du film. Pour un récit se déroulant dans l'Antiquité, les acteurs m'ont donné un sentiment gênant de modernité... Trop maquillés peut-être ? Il semblerait que cette modernité soit assumée par Nolan, que l'on retrouve dans de nombreux aspects du film ; l'armure d'Antinoos, tout droit sortie d'un film de science-fiction en est l'exemple concret. Pour en venir rapidement aux polémiques, le casting d'Elliot Page et de Lupita Nyong'o ne m'a pas dérangé, d'autant qu'ils occupent un rôle très mineur dans l'intrigue. Le film n'en devient pas particulièrement militant, en dehors peut-être d'une petite phrase de Pénélope à la fin qui sonne un peu « placée ». Comme dit plus haut, Anne Hathaway est sûrement la plus convaincante du casting et elle porte sur ses épaules les rares scènes d'émotion efficaces.
Impossible de ne pas parler de la musique également, ou plutôt de son absence. Car après quelques scènes je me suis surpris à tendre l'oreille et à m'intéresser à la bande sonore, qui avait su se faire parfaitement oublier jusqu'alors. Quel dommage d'illustrer un sujet aussi épique par une musique d'ambiance d'un tel niveau d'insipidité. Aucun thème marquant, aucune inventivité. Hans Zimmer, sans être mon compositeur de films favori, avait au moins le mérite d'apporter des thèmes marquants aux films de Nolan.
Même si Nolan s'inspire de l'histoire écrite par Homère, certains éléments du film m'ont paru manquer de logique ou de cohérence. J'ai par exemple eu du mal à cerner l'intérêt du plan d'Ulysse pour son retour, qui visiblement n'a pourtant aucune raison de rentrer dissimulé, sa femme n'ayant a priori aucune réelle raison de lui en vouloir contrairement à celle d'Antinoos. L'écriture multichronologique de Nolan n'aide pas à la solidité du récit, qui aurait gagné à être structuré de manière linéaire, à la façon d'une grande épopée. Le résultat obtenu ici est, malgré la durée du film, une impression de précipitation, presque de frénésie, alors que le film aurait gagné en puissance s'il avait su prendre son temps.
Je passe rapidement sur quelques autres éléments du film : le design du Cyclope, qui ressemble davantage à un monstre de film d'horreur ou à un extraterrestre qu'à une créature mythologique ; les apparitions clichées de Zendaya, peu convaincante en déesse de la sagesse ; une scène d'action finale à la Kill Bill, absolument ridicule ; une relation peu convaincante avec Calypso ; et j'en oublie de meilleures.
Au total, il me reste l'impression d'un film qui passe à côté de son sujet et que je ne reverrai probablement pas, mais surtout un agacement face au produit raté d'un tel matériau de base, d'où ma note basse.