Voir ce film a été pour moi l'occasion de me remémorer cette période de ma vie où, enfant ou jeune adolescent, j'avais pu voir l'adaptation en série de la télévision italienne de l'Odyssée, série qui m'avait fortement impressionné et qui avait été mon introduction aux aventures d'Ulysse. A peu près à la même période j'avais également pu voir le film de 1956 de Robert Wise, Hélène de Troie, qui était une adaptation de l'Iliade et qui m'avait également favorablement impressionné. A partir de là, je me suis intéressé à ces deux histoires et, sans avoir lu directement le texte d'Homère, j'en avais découvert les principaux éléments à partir de textes adaptés pour la jeunesse.
Tout cela pour dire que je me suis senti très à l'aise avec le récit que propose Christopher Nolan mais je ne suis pas sûr que quelqu'un qui ne connait pas l'histoire d'Ulysse dans tous ses détails soient aussi à l'aise en raison du montage non linéaire (mais que Nolan, et c'est une de ses particularités, maîtrise parfaitement) et des quelques éléments implicites qu'on peut y trouver. Nolan aurait pu développer quelques épisodes et en particulier celui du cyclope Polyphème avec la ruse du nom "Personne", mais évidemment un seul film n'aurait pas suffi.
L'épisode avec la nymphe Calypso est aussi très lacunaire et on peut aussi se poser la question du choix de Charlize Théron, actrice à la beauté hollywoodienne classique et formatée, et pour laquelle je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la fameuse pub pour un parfum dans laquelle elle œuvrait (peut-être est-ce une forme de placement de produit ?).
La représentation du monstre Scylla semble totalement ridicule et j’ai pensé au robot parallélépipédique dans Interstellar. Représenter des créatures en utilisant des effets spéciaux numériques n’intéresse visiblement pas Nolan.
Mais malgré ces petites critiques, force est de constater que ce film est une totale réussite. Rien ne manque : aussi bien des scènes d’action impressionnantes (et notamment le combat final d’Ulysse et des prétendants) que des scènes plus intimistes où les personnages s’interrogent. On est totalement happé par la quête du héros qui veut retrouver sa patrie (la terre de ses pères où l’attend son fils) et l’interprétation de Matt Damon, à la fois puissante et subtile, est parfaitement à la hauteur.
Enfin, on retrouve les interrogations de Nolan sur le destin des civilisations, leur possible déclin et sur l’utilité douteuse de la guerre.