Si beaucoup ont dû en rêver, peu l’ont finalement tenté, car c’est un pari risqué que de s’aventurer dans l’Odyssée. Ainsi, qui d’autre que Nolan pour adapter l’histoire de toutes les histoires ?
En effet, ce n’est pas une mince affaire que de transposer, de réinventer, et plus encore que de surprendre, avec une histoire que l’on connaît tous, plus ou moins bien. Des sirènes, du Cyclope, du cheval de Troie, d’Hadès ou encore d’Athéna : ces noms nous sont familiers, et ces mythes résonnent forcément en nous.
Tout en restant fidèle au récit d’Homère, Nolan arrive avec brio à moderniser ce poème fondateur, et nous en livre une version à la fois touchante et intense.
La plus grande prouesse du film tient en son esthétique irréprochable : loin des fonds verts et des blockbusters aseptisés, ici rien n’est laissé au hasard. Des décors, pour la plupart tournés en extérieur, à la musique (mention spéciale pour la bande sonore épique de Ludwig Göransson), tout est fait pour que l’on ressente pleinement la manifestation des éléments (la pluie, le vent, le soleil), et à travers eux la puissance des dieux.
L’autre grande réussite du film se trouve dans les thématiques abordées, et la modernité insufflée. Sans tomber dans les clichés, Nolan questionne la dimension philosophique du mythe du « héros », ainsi que l’impossible retour du guerrier. Comment retrouver sa vie d’avant alors que tant d’atrocités ont été commises ? Comment raconter l’indicible ? Le foyer peut-il encore être un refuge ? En filigrane, des questions très actuelles, et l’on pourrait aujourd’hui évoquer la notion de choc post-traumatique.
Certaines scènes à la dimension poétique indéniable s'imprimeront longtemps sur notre rétine, notamment celle de Circé, féministe avant l’heure, ou encore celle du Cyclope, colosse cannibale.
Enfin, si l’on peut regretter le manque d’aplomb de Tom Holland ou encore une dernière bataille qui semble s’éterniser sans grand intérêt, le fait est qu’on ne boude pas son plaisir, pendant près de trois heures, devant ce véritable spectacle du 7ᵉ art.
En faisant du neuf avec de l’ancien, mais aussi en tirant et retirant les fils d’une histoire maintes fois contée, à l’image de Pénélope, Nolan nous prouve qu’on a beau connaître la fin, il y a heureusement autant d’histoires que de conteurs.