...Dunkirk 2.
À l'annonce du projet, il y a quelques années, de Nolan de proposer sa vision de ce qui constitue l'un des récits fondateurs de la culture occidentale, beaucoup d'oreilles s'étaient dressées, se demandant comment le style terne et cendreux d'un tâcheron qui a recyclé la même non-esthétique de pellicule peinte en noire depuis bientôt trente ans maintenant allait bien pouvoir s'accorder avec un fond aussi richement symbolique que celui de l'Odyssée.
Comme d'hab avec Nolan c'est de la merde, mais j'avoue qu'il ne puait pas tant par le bout auquel je m'attendais et quelque part je peux lui accorder par là l'effet de surprise, ma réception du film s'étalant en deux temps.
Pendant un peu plus de deux heures, deux heures et quart, je m'ennuyai poliment devant une mécanique esthétique aussi pauvre que répétitive qui consiste grosso merdo à alterner une scène sur deux large plan extérieur, bleu gris et désaturés, et plans serrés de nuit et / ou en intérieur avec une utilisation systématique du clair obscur qui fait passer les personnages pour des sortes d'hommes-cheetos à la peau orangée. La pauvreté de l'écriture fait souffler régulièrement, les acteurs corrects alternent avec des erreurs de casting désastreuses (et on se fout bien de Page qui apparaît sur trois plans et demi), avec au premier rang Zendaya qui offre une Athéna (peut-être ?) absolument pathétique et complètement lambda, et même si Nolan essaie d'enfiler en brochette toutes les scènes motifs attendues entourant Ulysse (présentes dans l'Odyssée ou non), il les affadit considérablement par sa timidité maladive à abandonner sa sainte grisaille. Le cyclope a l'air glaiseux comme une poterie d'enfant avec son œil renversé, le combat des armures est aussi bref qu'inutile à tout point de vue (narratif et graphique), Scylla est un amas indistinguable de trompes d'éléphants qui fait éventuellement penser à la première araignée que l'on réalise sur blender, la grotte de Calypso ressemble à tous les intérieurs pourris du film (ok on est pas dans Télémaque mais merde quoi), les sirènes sont expédiées de loin en trois plans sans que l'on entende leur chant (et qu'on ne me parle pas d'une esthétique de la non-monstration pour laisser imaginer ou d'une façon de nous intégrer dans la valeur des plans à la hauteur des personnages oreilles bouchées, les cadrages ne le disent pas), Circé est un ratage d'effets spéciaux complet.
Au milieu de tout cela, et de tous les éternels tics de représentation de Nolan que je n'aurais pas le courage de continuer à compiler ici, on remarque chez lui l'habituel mauvais goût consistant – comme chez Snyder tiens – à copier des tableaux célèbres sur quelques plans pour jeter quelques harengs aux L1 beaux-arts qui se pâmeront devant ces références prétentieuses et vides de sens : j'aime bien Goya (mais quel rapport entre le Cyclope et Cronos), j'aime bien Böcklin (mais cette réf est tellement éculée qu'on a littéralement un film d'horreur de merde basé que sur ça), j'aime bien Géricault, mais j'aime moins la culture confiture à lâcher en hameçon pour essayer d'offrir à sa daube une profondeur métaphorique qu'elle n'a, de fait, pas.
Je peux avoir l'air sévère jusque là mais indépendamment du profond mauvais goût de l'ensemble, on se fait à peu près pas chier et ça peut se suivre comme un péplum médiocre mais regardable, avec un rythme acceptable. J'aime bien la structure narrative qui enchaîne les enchâssements de récit dans les enchâssements, j'aime ça depuis le Décaméron et j'aime souvent ce qu'en fait le ciné depuis disons Citizen Kane. On aimerait simplement que le film évite les clins d’œil à Jason et les Argonautes parce que ça donne très fort envie de se barrer de la salle pour mettre le DVD.
Et puis, dans le dernier temps du film, le coquin sort l'as qu'il gardait bien serré au fond de sa poche et on comprend pourquoi le choix de Matt Damon s'avérait en fait plus pertinent qu'attendu ; cette ordure de Nolan transforme le tout en film de marines.
Le voile levé sur les derniers flashbacks qu'il manquait, et notamment sur la vision d'une tête de statue décapitée s'écroulant sur le sol, l'enflure explicite le projet qu'il tenait jusque-là caché de faire d'Ulysse une image du soldat en impossible retour qui a fait des saloperies à la guerre et qui s'en veut de ne pas avoir réussi à « left no one behind », selon la formule de propagande usuelle. Il s'agira alors de faire excuser ses petites cachotteries de malandrin qui n'a pas respecté les règles de la guerre ni les civils (le temps des trente secondes de « massacre » les plus softs que vous verrez de votre vie), et on en vient même à douter qu'Athéna soit la déesse ou une simple projection de la culpabilité d'Ulysse par rapport à la mort d'une meuf random sur un escalier dont tout le monde se branle éperdument.
Ce salopard de Nolan qui écrit vraiment comme le pire des larves payées à chier les scripts de Call of Duty nous replie son burritos à l'excrément avec une scène d'action d'une nullité abyssale et qui n'aurait pas dépareillé dans un film du MCU ; avant de reprendre la tradition assez obscure de la « seconde Odyssée » pour...la transformer en hommage aux guerriers morts qu'on a laissés derrière ! Semper fidelis. J'ai déjà vu des films de propagande sur l'Irak plus nuancés que ça.
En soi, on se fout totalement du fait que ce film ne soit pas une tentative de restaurer, en synchronie, ce que pouvait représenter ces ensembles de récits traditionnels et recomposés pour un public de Grecs ; mais si c'est pour en faire ça, allez bien profondément vous faire foutre. D'autant plus avec le petit discours puant qui se trouve à la fin sur la restauration future et éventuelle d'un âge nouveau, nouveau comme le Nouveau Monde, une fois que cet obscurantisme tout européen qui circule par bateau se sera consumé dans sa déchéance de fin de règne.
PS rajouté : je ne sais plus chez quel auteur décolonial j'avais lu cette vanne sur les Américains (Nolan a plus pris de sa daronne manifestement) qui détruisent des pays en les envahissant, en massacrant leurs civils, et qui nous demandent ensuite dans des films "critiques" de pleurer sur le traumatisme que ça a créé chez leurs soldats. On en est là.