Pour ce réalisateur, il y a cette même manière de faire qui semble s’imposer depuis "Dunkerque", un point de vue 100% britannique peu enthousiasmant mais un spectacle maitrisé sur 3 temporalités tout de même.
C’est cette volonté de tordre et de mélanger les temporalités pour sur-dynamiser son récit.
Ca fonctionne également pour "Tenet", un James Bond apocalyptique ainsi que pour "Oppenheimer", un sommet de montage sur le son, la musique et les temporalités qui matérialise une forme de surnaturel et d’émotions fortes autour de scènes de discussions dans des bureaux.
Ca se perpétue donc jusqu’à cette "Odyssée" où je trouve que ça s’y prête moins bien pour le coup, cette vision du mythe avec des scènes de différentes époques qui s’enchainent, s’alternent et qui semblent desservir l’émotion ainsi que le développement des nombreux personnages.
Le début est un peu poussif jusqu’à ce que démarre les multiples étapes du voyage avec le premier monstre qui fait son petit effet jusqu’à la confrontation d’après.
Les représentations sont plus ou moins bien trouvées mais globalement ces épreuves sont un peu trop légères et expédiées en omettant également les ruses par le dialogue dont notre (anti)héros se sert normalement pour se sortir de certaines situations.
Il reste de très bons moments comme la rencontre avec le cyclope et la visite des enfers, un des points dramatiques culminants.
Mais la priorité s’oriente vers le foyer d’Ulysse avec ses intrigues entre Pénélope, Télémaque et les nombreux prétendants hostiles qui squattent les tablées mais heureusement les acteurs principaux sont globalement tous bons même Tom Holland qui se donne à fond pour trouver une issue favorable à sa famille.
L’autre point essentiel sur lequel s’appuie Nolan est la dernière bataille de Troie qui sert de fil rouge à l’évolution d’Ulysse et son retour en grâce auprès de Pénélope.
Ce qui malheureusement transforme son voyage de 10 ans en courts souvenirs servants à dynamiser les intrigues du palais d’Ithaque et le pique-nique éternel sur la plage avec Charlize Theron.
Par conséquent ce qui manque au film pour pleinement s’investir émotionnellement c’est cette notion de solitude forcée et de temps qui passe qui sont ici désamorcées par les multiples aller-retour à la maison d’Ulysse.
C’est là que le jeu des multiples temporalités ne m’apparait pas pertinent dans cette histoire.
La musique est une expérimentation originale qui se fait enfin entendre un peu plus à la fin.
C’est en tous cas une vision centrée sur les tensions du royaume d’Ithaque et une analyse des conséquences de la guerre de Troie intéressante avec un casting improbable s’exprimant en américain moderne.
Lorsqu’on accepte ce postulat on constate que Zendaya apparait encore dans un nouveau film de l’année mais que sa présence est anecdotique et qu’elle s’accompagne d’un Matt Damon qui vaut le détour.
Cependant la révélation de ce film c’est John Leguizamo avec enfin un rôle à la hauteur, celui du dernier fidèle et protecteur de la famille d’Ulysse.
Ça reste de bon niveau, chacun trouvera quelque chose de stimulant et de curieux dans ce voyage jusqu’à l’affrontement final comme récompense.
Par contre Nolan pour le prochain film gagnerait à ralentir ses jeux temporels pour enfin retrouver un récit un peu plus linéaire et contemplatif comme dans Interstellar.