Podcast sur le film : https://youtu.be/iYn60CFxGgM?is=sO8GFnI6ttfwYy5X
L'Odyssée par Christopher Nolan est le retour du pire de Nolan.
Un film grisâtre, d'une pesanteur terrible, sur-explicatif à tous les niveaux, avec une narration éclatée temporellement plombée par un montage douteux. Aucune sensorialité, aucune émotion. Tout est lourd, trop lourd.
Ce qui doit se sentir comme une épopée usante plongeant Ulysse dans un océan de remords, de perte et de folie se transforme en une succession de tableaux dont les 3/4 sentent le passage obligé parce que c'est l'odyssée, la séquence des sirènes est terrible de manque d'imagination en terme d'images et on sent bien que Nolan ne sait absolument pas quoi faire de ce passage. La sensation, le trouble censé être ressenti par Ulysse à ce moment ne sera que décrit platement.
Le début alterne entre plusieurs récits qui empêchent le film de décoller, impossible de s'attacher à ce qui ressemble plus à un bal d'acteurs qu'à des personnages avec de réelles motivations. Ça part dans tous les sens quitte à y revenir encore et encore (on finit par faire une overdose de Troie).
La quête d'Ulysse je l'ai déjà dit manque de corps, manque de temps (un comble pour un film de 3h) parce que Nolan passe son temps à vouloir nous conter à travers ces personnages qui content eux même, plutôt que nous montrer, et jamais le film ne prend à bras le corps l'aspect conte mythologique de son histoire et des personnages qui la racontent.
On se retrouve avec des scènes où une voix off décrit ce qu'on est exactement en train de voir. Comme le "les premières marées ont tué des hommes" merci on n'avait pas remarqué, l'avantage avec Nolan c'est qu'on peut se passer de la version audio description.
Mais est ce que tu pourrais pas à la place nous faire ressentir l'horreur et la dureté de cette attente, sa longueur, une matérialité, quelque chose ?
La musique tambourinante est envahissante et insupportable, elle noie le film tant Nolan a une peur panique du silence. Il faut attendre 40 minutes pour que ces insupportables tambours cessent, avoir enfin le premier silence. Ça ne durera que 10 minutes. Bizarrement ça coïncide avec ce qui est peut être une des meilleures scènes du film et a fortiori la plus flippante (cyclope). Mais c'est quasiment la seule et cette utilisation de la musique gâche de nombreuses scènes, l'infiltration de Troie par la sortie du cheval en tête.
Circé ça fonctionne mais ça manque de corps. On a enfin un peu de charnel, de Nolan qui se salit les mains, mais bon ça reste encore un peu sage. Limite Chihiro est plus effrayant ...
Puis alors le discours sur la cruauté des hommes vraiment 0/20 en subtilité (les hommes sont des porcs donc transformation en porc allez et on le fait dire par Circé et allez)
Calypso c'est infernal et là encore Nolan ne se fait pas confiance : un personnage dit "la prison ? Quelle prison retiendrait cet homme ?". Cut et transition sur Calypso. Normalement si t'es pas con t'as compris non ? Nolan, lui, fera dire à un Ulysse les larmes aux yeux 1h plus tard "tu m'as retenu captif ?". Mais où est la subtilité ? Peut-on une fois chez Nolan essayer de comprendre quelque chose par nous même ?
On passe sur le fait que les multiples flashback empêchent donc d'éprouver l'écoulement du temps, le manque, l'ennui même, parce que le film a juste tous les codes du gros blockbuster hollywoodien. Donc le temps passe parce qu'Ulysse a de la barbe et barbote avec Calypso.
Tout se doit d'être grand, monumental, alors que le coeur du film essaie de se jouer dans l'intime. Et le pire c'est que régulièrement cette recherche du grandiose échoue. Charybde n'est qu'un pauvre tourbillon, Scylla dans le détroit est bien trop peu assumée, et les scènes de bataille en général ont un découpage beaucoup trop mou associé à des plans beaucoup trop tremblants. La scène de la mort des derniers hommes de l'équipage est l'apogée de cet échec de mise en scène du spectaculaire.
J'ai seulement été touché par la mort du chien. Je sais pas ce que ça dit de moi ou du film.
Pour sauver un peu la fin, le dernier acte avec le banquet, l'épreuve et le massacre ça reste assez grisant même si la désincarnation des prétendants empêche la jouissance de la vengeance et que c'est déroulé de manière très prévisible. Il faut quand même souligner que c'est pas très bien mis en scène parce qu'à l'image de toutes les autres batailles, ça tremble, c'est sombre on n'y voit pas grand chose et les tambours de la musique sont envahissants.
Et j'ai plutôt aimé - même si c'est un énième flashback sur Troie - la vision finale de la guerre de troie avec cette violence bien masculine, cette sauvagerie, ce focus sur les femmes qui payent le prix de la violence des hommes, le regret, les remords, le syndrome post trauma d'Ulysse. Scène qui, par effet rebond, rend le discours de Circé encore plus lourdingue et sur explicatif (d'ailleurs on a la sensation qu'Ulysse prend conscience de sa cruauté et celle de ses hommes chez Circé puis pendant ce flashback à Troie ...). Notons également que si vous n'avez pas compris que Nolan brosse encore le portrait d'un homme plus malin que les autres, qui le sait, mais qui ne mesurera les conséquences de ses actes qu'à la fin, le film vous le dira explicitement avec la voix off, comme d'habitude (le cheval représentant grosso modo l'équivalent de la bombe nucléaire d'Oppenheimer).
D'ailleurs le traitement des femmes est toujours aussi cataclysmique chez Nolan mais bon après tout c'est ni le premier ni le dernier réalisateur homme à ne pas savoir faire autre chose que des femmes-objectifs.
Un film ni fait ni à faire. Peut être le pire film de Nolan avec Following qui a au moins l'excuse d'avoir été fait avec 10 livres sterling.
Une abominable croûte.