Les premières images tombent et là j'ai peur, je me dis que Nolan va nous recracher l'Odyssée à sa sauce, froide, calculatrice, pseudo-réaliste, millimétrée.
Je sors du film et je me dis, c'est tout l'inverse que j'ai vu, c'est un film humain, engagé, chaud, et je vous explique tout ça dans la suite de mon analyse qui sera sans doute l'une des plus longues de mon modeste compte.
L'odyssée de Christopher Nolan a tout pour ressembler dans la forme du moins à toute les anciennes productions de son auteur. Casting 4 étoiles, images froides voire un peu ternes, grand panorama, de vrais décors, un gros budget et oui, tous les amateurs de son cinéma, sur le plan formel, seront aux anges avec ce dernier né, d'autant que Nolan va plus loin, il filme une époque révolue, qui plus est mythologique donc autant vous dire qu'en terme de décors, de paysages et de costumes, les curseurs sont au plus haut, d'autant qu'on ne voit plus ce genre de production au cinéma, que ce soit dans l'aspect reconstitution ou dans cette volonté de filmer dans des décors naturels.
Le film sur le plan de l'image pure est inattaquable, on s'y croirait, il y a peut être deux ou trois plans en deçà (qui ont aussitôt été relayés sur les réseaux pour dénigrer le film avant même sa sortie) mais, c'est splendide. D'autres puristes regretteront l'absence des couleurs chaleureuse de la Méditerranée, mais il ne faut pas être con pour comprendre que la colorimétrie d'un film sert avant tout la vision des auteurs et surtout le propos. Voilà pourquoi le film Troie avec Brad Pitt était aussi chaleureux, le film n'allait pas beaucoup plus loin que dans la belle reconstitution (fantasmée) de l’Iliade, voulait représenter le faste de la ville de Troie avant sa destruction, la beauté des acteurs principaux qui incarnaient les figures mythologiques. Dans l'Odyssée de Nolan, on est dans une démarche presque similaire en terme de casting, à ceci près que Nolan ne voulait pas rendre beau ou vertueux ou nobles ses figures héroïques, il voulait juste filmer des hommes et des femmes face à leurs faiblesses, à leurs pêchés, leurs peurs, leurs doutes. La colorimétrie de Nolan orienté dans le spectre froid a ici toute sa légitimité et le côté terne de ce dernier est largement contrebalancé avec le soin apporté aux décors, la beauté des costumes et la grandeur du récit. Car si Nolan filme des hommes, il n'en oublie pas moins la dimension mythique, mythologique du récit. Nous enchaineront donc avec les divers épisodes emblématiques de l'odyssée mettant en scène des créatures fantastiques, dont le fameux Cyclope et autres joyeusetés des mers. Non pas que Nolan n'apprécie pas le fantastique mais les monstres, c'est autre chose et comme évoqué plus haut, il aurait pu adapter les chants d'Homère à cette sauce...mais non. (ouf)
Mais reprenons depuis le début du film et analysons chaque épisode de cette fresque.
Nous commençons donc en Ithaque pour l'épisode le plus laborieux de l’œuvre diront la plus part des critiques que j'ai pu lire ou entendre. C'est pourtant un passage obligé permettant de contextualiser un peu, d'autant qu'on prend le récit en cours de route (exit l'Illiade). On alterne le point de vue entre Télémaque, fils d'Ulysse qui doit survivre sur son île devenue un environnement hostile, avec l'arrivée de centaines de prétendants qui convoitent le trône du papa disparu. C'est évidemment un épisode moins rythmé, moins passionnant que les pérégrinations d'Ulysse, mais il permet de s'immerger dans l'histoire, de bien comprendre le contexte, les enjeux et motivations des personnages. Nolan opte pour un récit non linéaire ce qui lui permet de digresser sur Ulysse, sa vie avant la guerre et le siège de Troie ainsi que l'épisode du cheval. Cet acte est à l'image du dernier, assez "claustrophobique", ça sentirait presque la sueur et l'alcool avec cette hordes de prétendant ressemblant plus à des bêtes juste dociles, mais prêtes à bondir au moindre signe de faiblesse. Tom Holland est très juste dans son interprétation de Télémaque qui essaye de marcher dans les pas de son père, de se faire respecter, de lui succéder mais qui n'a pas encore les épaules, et se retrouve bien souvent brimé, moqué par les prétendants. A ce propos j'ai entendu dire que Holland pensait que Télémaque avait 16 ans et qu'il l'a joué comme tel...alors qu'il a plus vingt ans. Anne Hattaway est impériale en Pénélope, dans ce rôle de femme mûre, aigrie par son attente. J'aime aussi beaucoup comme Nolan filme la plage de Troie, très lumineuse pour le coup, contrastant bien avec les lieux clos plus sombres et lugubres, et pourtant prémices d'un massacre.
Elliot Page est parfait en Sinon, troufion sacrifié mais qui aura de l'importance dans les prochains actes. N'en déplaise aux transphobes qui pensaient qu'il jouait Achille. Son côté chétif colle à merveille au personnage qui hantera les rêves d'Ulysse.
Ce premier acte est donc moins marquant, moins rythmé mais pose bien le décor, les personnages comme le vieil aveugle joué par John Leguizamo aux plus présents comme ceux de Tom Holland ou Pattinson sont impeccables. Leguizamo est très attachant avec le vieux chien à qu'il arrivera bien des misères. On sent bien la tension entre Télémaque et les prétendants, on sent tout le danger, la tension de la situation. Télémaque est humilié comme il faut, la ruse de Pénélope est mise à jour alors que dans les chants, ce passage a déjà eu lieu. Pour la fin de l'acte, Télémaque rend visite à Ménélas à Sparte, économie de décor pour cet extrait, mais on découvre Hélène de Troie, la femme de Ménélas, une femme noire magnifique malgré le fait qu'elle se soit fait défigurée, on comprend instantanément qu'elle ait pu être convoitée par autant de rois, chefs de guerre, mais les racelards n'ont pas cherché plus loin car "Hélène aux bras blancs", telle est la description que l'on peut avoir de ce personnage dans les chants...déjà "les bras blancs" n'est pas une description réservée à Hélène, mais aussi à Athéna et probablement d'autres femmes ou déesse dans l’œuvre, mais bref, sans commentaire, c'est risible.
On suit ensuite Ulysse, qui a échoué sur l'île de Calypso depuis 7 ans et qui y est "prisonnier", on reviendra sur ce terme plus tard, car c'est l'une des grosses nouveautés de cette adaptation.
Je n'aime pas ces séquences...Charlize Theron est peu convaincante en Calypso, le décor se réduit à une simple plage et le quotidien d'Ulysse à bouffer des fleurs de lotus qui lui fait perdre la mémoire.
Revenant plus en arrière, on apprend qu'Ulysse en quittant Troie, n'a pas voulu suivre les nefs d'Agamemnon présenté ici comme un espèce de Batman-Dark Vador muet, vêtu seulement d'une armure trois fois plus grosse que lui et dont on n'aperçoit à peine le visage (Les droitards qui ont adoré ce perso ne l'ont pas compris). Cette décision d'Ulysse est discutable, d'autant qu'elle incitera ses hommes à piller un village et à se perdre...Commence alors la véritable Odyssée. Celle de tous les dangers et de tous exploits. A oui autre chose, Ulysse voit la déesse Athéna en vision, celle d'une jeune femme (Zendaya).
On a d'abord le Cyclope, dont l'aventure prend rapidement la tournure d'un véritable film d'horreur. Les hommes d'Ulysse se retrouvent coincés dans la grotte de la créature, toujours berger de troupeau (et fils de Poséidon). Plusieurs se feront dévorés, et les autres devront user de la ruse pour et de la chance pour s'échapper. J'ai beaucoup aimé ce passage bien que Nolan passe outre les subtilités de l'épisode, le Cyclope n'a ici pas de nom, et Ulysse ne crie pas son fameux "personne". Je pense que ce choix était pertinent, d'autant qu'au cinéma, on a les images qui sont par essence suffisamment suggestives pour ne pas à faire parler la créature ou lui ajouter de la personnalité. Cela rend la chose très fluide et immédiatement anxiogène, angoissant. La créature étant quasi muette (elle baragouine un truc, réclamant vengeance à Poséidon), elle en devient bien plus terrifiante.
Les hommes d'Ulysse dont le nombre a déjà baissé accostent ensuite sur l'île des géants. Il y a bien un épisode ressemblant dans les chants, mais Ulysse participe à un banquet, où les géants se révèlent cannibales...Vous comprendrez pourquoi Nolan a choisit d'occulter ce passage, et oui, le Cyclope aussi étant cannibale, cela aurait été redondant. Je n'ai personnellement pas aimé ce passage, bien trop expéditif (et punitif) pour Ulysse et ses hommes qui se font décimer en quelques minutes. De plus on a du mal à croire à ce peuple de géants guerriers déjà en armure, le sabre au poing, alors que les grecs ont à peine accosté. Le leurre de l'enfant géant est rigolo mais m'a sorti de l'ambiance et voir Ulysse aussi impuissant m'a agacé mais la choré des combats est au top. On sent aussi que cette péripéties a été placée là pour réduire drastiquement ses nefs et sa puissance de combat. Ce qui sera bien utile dans la prochaine aventure.
Car ensuite Ulysse et les rescapés arrivent sur l'île de Circé. Circé dans les chants est une déesse très puissante, vivant dans le faste, elle s'unit à Ulysse qui restera un an, qui lui fera plusieurs enfants...bref vous comprendrez pourquoi Nolan en a fait une pauvre femme vieillissante, vivant recluse sur son île, dans la misère et sans doute traumatisée par un des hommes qui l'ont violée. Certaine rétorqueront que c'est réducteur, mais au moins dans cette version, Circé ne couche pas avec Ulysse pour avoir la vie sauve. C'est juste une femme traumatisée qui a été violée par des hommes à qui elle a servit l'hospitalité et qui depuis voit les hommes pour ce qu'ils sont réellement, des animaux, des porcs qu'elle n'hésite pas à égorger pour nourrir ses prochaines victimes. Le message est clair, surtout quand elle ajoute après qu'Ulysse lui ai demandé de les retransformer, "remettez vos masques d'hommes" ou un truc du genre...Pour elle la vraie nature des hommes est animales (le fauves présents sur l'île) et le film lui donne raison (saccage de Troie, du village). L'épisode est d'autant plus fascinant que l'actrice campant Circé est probablement la meilleure actrice du film, à cela s'ajoute la transformation des hommes d'Ulysse en cochon qui est juste glaçante, un pure moment de body horror qui nous rappelle que Nolan tente des choses, s'essaye au cinéma horrifique et que ça fonctionne.
Ulysse va ensuite aller aux enfers, sous les conseils de Circé, et c'est là que le film décide de développer le personnage de Sinon (joué par Eliot Page). On apprend que Sinon en veut à Ulysse de ne pas avoir été mis au courant du subterfuge du cheval de Troie et d'avoir été sacrifié pour la bonne exécution de ce plan alors que ce dernier est allé à la guerre à la place d'Antinoos (Robert Pattinson). Ulysse lui rétorque qu'il devait croire aveuglément ses ordres pour ne pas mettre à mal le stratagème. On apprend aussi qu'Agamemnon est rentré chez lui mais qu'il a été assassiné froidement par sa femme alors qu'il s'apprêtait à retrouver la chaleur de son lit...Bon, on savait déjà qu'Agamemnon était un gros connard qui avait sacrifié sa fille aux dieux, donc on comprend parfaitement ce geste et son funeste destin. Mais ça les droitards omettent de le dire..Je vois pulluler sur internet sur des comptes mascu des montages d'Agamemnon dans sa grosse(ière) armure, avec en sous-titre, "l'aura farming des rois"...Comment vous dire que Nolan a voulu faire passer un message très différent..juste de nous montrer un Agamemnon humain.., car en effet quand ce dernier retire son armure, on voit la silhouette d'un homme normal, voire plutôt chétif...avec on imagine ses failles, ses peurs, ses doutes, qui l'ont poussés à tuer, à sacrifier sa propre fille. On est loin du roi invincible, irréprochable et charismatique. Cette scène aux enfer est géniale, d'abord car le jeu d'acteur d'Elliot Page est au top, le voire au milieu de tous ces spectres de soldats disparus et cela permet de nous montrer ce que cela coûte d'être roi...sacrifier des vies, faire passer le bien commun au dessus. Ulysse ne le supporte plus. La photo de Nolan est encore une fois parfaitement pertinente dans cette scène sombre et froide, remplies de spectres.
Vient ensuite l'épisode des sirènes et des créatures marines Charybde et Scylla qui sont littéralement expédiés. Autant les sirènes, j'ai compris que Nolan voulait suggérer ce moment en choisissant de ne pas nous montrer de trop près les créatures et de se focaliser sur Ulysse et l'équipage qui vont se boucher les oreilles avec de la cire, autant l'épisode avec les monstres marins m'a vraiment frustré, les 7 tentacules qui massacrent quelques troufions et le tourbillon en guise de seconde menace ?? Sérieux ?
Les survivants arrivent alors sur l'île d'Hélios et ne résistent pas à tuer le bétail du dieu du Soleil pour ne pas mourir de faim..Ulysse qui avait été prévenu par Tiresias et qui avait lui-même averti ses hommes de ne pas le faire, est impuissant, il sait qu'il sera le seul à rentrer. Ce qui arrive peu après, quand Poséidon déchaine une tempête sur la nef rescapée. Ulysse va alors échouer seul sur l'île de Calypso.
La boucle est bouclée pour ces mésaventures, et le récit reprend une forme linéaire afin de nous conter le retour d'Ulysse en Ithaque.
Calyspo accepte de libérer Ulysse après 7 années de vie commune, à bouffer des fleurs de Lotus pour lui faire oublier son passé, ses racines. On comprend en sous texte qu'Ulysse n'était pas vraiment prisonnier par Calypso, il n'était simplement pas prêt à rentrer, il devait prendre le temps d'expier ses fautes, d'accepter ses erreurs, celles d'avoir sacrifié ses hommes et des innocents pour son roi ou sa gloire personnelle, d'avoir menti, rusé, fanfaronné pour sa légende. Et c'est là le cœur du film, son vrai message. Ulysse ressemble à un soldat (blanc) américain, rongé par le remord, nous ramenant à toutes les problématiques actuelles. C'est là que les critiques conservatrices n'ont pas aimé le message véhiculé par le film. Car il est question ici de décolonisation, d'immigration aussi, avec la fameuse loi de Zeus (xenia) qui oblige les hôte à servir leurs convives et à les recevoir dans l'hospitalité. Oui oui quand je vous dis que Nolan est passé à gauche. Bon ensuite Nolan n'oublie pas de nuancer son propos, quand on voit la hordes des prétendants qui profitent de cette hospitalité et en abusent...allant jusqu'à réclamer la reine en mariage. Enfin cette règle de la xenia est bafouée encore par Ulysse lors de la ruse du cheval de Troie, présenté par les grecs aux Troyens comme une offrande, un cadeau d'apaisement, alors que c'est en réalité un piège sournois, barbare. D'où la culpabilité d'Ulysse, pendant ses années d'errances.
Dans le dernier acte, Ulysse peut enfin retourner en son pays. Il doit d'abord s'abandonner totalement à l'océan comme pour laver ses fautes, expier ses pêchés, purifier son âme. Le beau.
Arrivé en Ithaque, Ulysse se fait passer pour un mendiant du nom de Sinon (encore lui) et sauve son fils d'une bande d'assassins envoyé par Antinoos. Se faisant passer pour un homme du roi Ulysse, il peut retrouver son vieux chien Argos, allongé sur un tas de fumier qui a juste le temps à un arrière-plan de trois secondes où on le voit renifler la main de son maître avant d'expirer (aah Nolan est de gauche mais pas encore très émotif), échanger quelques mots avec sa femme et se remémorer une dernière fois le pillage de Troie où il a vu Zendaya se faire décapiter gratuitement par ses hommes, et qui depuis hante Ulysse comme pour lui rappeler sa ruse impardonnable. Je trouve cette idée parfaite embrassant à la fois la vision très terre à terre de Nolan qui ne veut pas vraiment montrer des dieux ou du surnaturel. Athéna a donc pris les traits de cette jeune femme exécutée froidement par les grecs. Là encore les droitards ont gueulé, gnagnagna, c'est pas une vraie déesse...GNAGNAGNA...à croire que subtilité d'écriture et idéologie d’extrême droite ne font pas bon ménage... Mais du coup on comprend un truc, les grecs sont les fameux "peuple des mers" dont on entend parler depuis le début du film, destinés à piller et à détruire la civilisation, leur propre civilisation.
La fin du film je vous la résume rapido car sans intérêt, Ulysse se découvre, il massacre une centaine de prétendants à lui seul, tandis que son fils Télémaque galère à en éliminer un seul, il finit par le plus perfide de tous Antinoos (Coupe au bol Pattinson) qui se fait éventrer et voilà Ulysse tombe sous les blessures...Mais il n'est pas mort et décide de partir avec Pénélope sur les mers du Sud afin de rendre hommage à ses compagnons disparus tandis qu'il lègue son trône à son teenage Télémaque.
Voilà...pour cette longue analyse-résumé de l’œuvre.
Vous constaterez que tout ne m'a pas plus dans L'Odyssée de Nolan, des choses fonctionnent alors que d'autres tombent à l'eau. Heureusement le film est soutenu par une maîtrise et une direction artistique splendide, par des acteurs qui y croient dure comme fer, même les plus petits rôles (Pattinson est le seul à avoir demandé à lire le scénario), une bande-son singulière qui peut aussi vous rendre sourd, car oui on est à ce degré d'expérimentation. Les sons sont stridents, irritants, j'ai du me boucher les oreilles plusieurs fois, mais les thèmes plus mélodiques, épiques sont très intéressants et retranscrivent bien le message du film, l'errance et le sentiment de culpabilité qui ronge Ulysse. De plus j'ai appris que Ludwig Göransson a utilisé des instruments de la Grèce Antique, allant même jusqu'à les reconstituer à l'aide d'archéologues...je m'adresse à vous les droitards, où il est le mépris de l'Histoire ou de l’œuvre originale ??
L'apparition du fantastique dans l’œuvre de Nolan est à noter, c'est la première fois que le réalisateur se permet une telle intrusion dans le genre, sans fioriture. J'avais peur que le Cyclope ne soit qu'un pauvre ermite cannibale sur son île ou Circé une simple folle qui droguerait les hommes d'Ulysse mais non, Nolan accepte dans mettre les mains dans le cambouis et nous offre un splendide Cyclope en animatronique et une terrifiante séquence de transformation qui n'a rien à envier à Del Toro. J'aurais tout de même une réserve, on est content que Nolan franchisse le cap, mais on reste assez frustré dans son exploitation...De plus le fait d'insister autant sur les problématique morales, humaines de l’œuvre, ne permet pas de s’épanouir pleinement dans le genre de la fantaisie. L’œuvre a un peu le cul entre deux chaises et ne sait pas quel axe choisir (un peu comme Game of Thrones). Le fait de ne pas montrer les dieux est bien sûr salutaire (surtout pour mettre en avant la métaphore d'Athéna) mais on a du mal à croire à toutes ces monstres marins qui n'existeraient que sur quelques îles abandonnées (là ou dans l'Iliade et l'Odyssée, les dieux et demi-dieux et donc le fantastique est omniprésent dans le récit).
Mais en terme d'images, il n'y a rien à redire (à part l'épisode avec Calypso et de Charybde et le costume des Troyens qui est minimaliste), Nolan est vraiment un maître de l'épique, de la technique, avec la précision qu'on lui connait. C'est parfois un peu désincarné mais spectaculaire comme le veut ce genre de film à gros budget de divertissement. Car oui c'est bien de cela qu'il s'agit et n'en déplaise aux puristes (et aux racistes), l'Odyssée d'Homère ou sa grande sœur d'Iliade est une œuvre accessible, très loin de l'élitisme latent qui l'entoure car c'est texte antique. Si vous lisez quelques pages, vous découvrirez que le vocabulaire employé est simple, les descriptions et schémas narratifs redondants, des phrases ou superlatifs complets sont répétées à plusieurs endroits, notamment pour décrire les personnages, c'est parfois inutilement long et compliqué à suivre avec des digressions grossières (paraissant grossières aujourd'hui, ce qui prouve que la littérature évolue à tord ou à raison je vous laisse juger)...alors attention, je ne minimise absolument pas la qualité littéraire de ces textes ou l'impact sur le monde littéraire, artistique, mais il faut savoir doser. Commencez par lire quelques chants avant de vous emporter.
Alors faut-il rebondir sur les autres problématiques, Hélène de Troie noire, Elliot Page l'homme trans en soldat (et non toujours pas Achille qui est totalement absent de l’œuvre), Agamemnon le loser ??...Nolan est définitivement un gauchiste (encore un peu modéré), lui reste plus qu'à composer avec une palette d'émotions plus marquées et variées et de redonner un peu de poids à ses personnages féminins et ce sera super.
Mais bon, c'est une bonne avancée, la qualité est définitivement à gauche ainsi que le beau.