En adaptant le chef-d'œuvre fondateur d'Homère, Christopher Nolan ne cherche pas seulement à mettre en images le voyage d'Ulysse : il ambitionne de réinventer l'expérience du cinéma à l'heure où les plateformes de streaming bouleversent les habitudes des spectateurs. Le pari est en grande partie réussi. Premier long métrage tourné intégralement en IMAX, "L'Odyssée" impressionne par son ampleur visuelle et sonore. Chaque plan est pensé pour submerger le spectateur, des paysages monumentaux aux créatures déchaînées. S'il n'existe qu'une seule salle IMAX 70 mm en France, toutes les salles IMAX permettent déjà de profiter d'une expérience spectaculaire. Les projections classiques, en revanche, perdent une partie de cette démesure avec une image sensiblement rognée.
Matt Damon incarne un Ulysse d'une grande justesse, partagé entre la ruse, la fatigue et l'obsession de retrouver Ithaque. À l'inverse, Tom Holland peine parfois à convaincre, son interprétation conservant une dimension un peu trop juvénile face aux enjeux du récit. Anne Hathaway impose une présence magnétique. Quant à Robert Pattinson, il compose un antagoniste aussi fascinant que profondément détestable. Lupita Nyong'o, Zendaya et Mia Goth semblent surtout présentes pour enrichir une distribution déjà prestigieuse, leurs temps d'écran étant franchement limité. En revanche, Samantha Morton marque durablement les esprits dans le rôle d'une Circé aussi mystérieuse que vengeresse. Enfin, Elliot Page apporte une véritable émotion au personnage de Sinon, figure sacrifiée dont la sensibilité contraste avec la grandeur épique du récit.
Christopher Nolan reste fidèle à sa mise en scène spectaculaire. L'adaptation de "L'Odyssée" d'Homère prend la forme d'une succession de grands tableaux visuels, tous plus impressionnants les uns que les autres. Chaque étape du voyage d'Ulysse possède sa propre identité, sa propre puissance iconographique. Pourtant, ces transitions interrogent. Le récit avance parfois au détriment de ses personnages, comme si le cinéaste était davantage préoccupé par la grandeur du mythe que par les émotions qui l'animent. C'est sans doute la seule véritable limite du film. "L'Odyssée" impressionne constamment, émerveille même, mais bouleverse rarement. Là où l'on espérait ressentir toute la douleur d'Ulysse, le poids des années, la nostalgie d'Ithaque ou la violence de ses sacrifices, le film privilégie avant tout les sensations physiques. On sort de la salle fasciné par la prouesse technique, mais avec le sentiment qu'il manque encore cette émotion viscérale qui aurait fait de cette fresque un chef-d'œuvre absolu.
Christopher Nolan signe malgré tout un très grand film de cinéma, une œuvre monumentale qui repousse une nouvelle fois les limites du spectacle sur grand écran. Une expérience qu'il faut vivre en IMAX si l'occasion se présente.