Pleiade de stars pour un film à l'ambition démesurée. Film purement Nolanien des années 2020 : dans sa forme, on retrouve la patte d'Oppenheimer et de Tenet. Seulement, sur le papier, le récit aurait mérité un traitement plus interstellaire et contemplatif. L'ampleur des décors est ici minimisé par un montage hyper charcuté. Une des contraintes de l'IMAX ? J'ai un doute car Oppenheimer souffrait déjà de cette structure. Et ça ne concerne pas uniquement les plans qui pourraient justifier le budget : mêmes les dialogues, surtout lors de la première heure, sont bien trop surcutés. Je me suis même amusé à compter un moment, on était sur une moyenne de 1,5 secondes maximum sur un plan. J'ai commencé par ce point car c'est vraiment ce qui m'a le plus frustré tout le long, et m'a empêché de ressentir de réelles émotions sur la durée, ou d'être parfois pleinement impliqué dans le récit.
Maintenant le positif : la mue surprenante de Nolan en réalisateur d'épouvante. Lors de trois séquences qui resteront les plus marquantes du film pour moi (Le Cyclope, la sorcière Circé et la dernière nuit de l'équipage), et je peux rajouter cette scène sublime du cheval de Troie, avec ces plans majestueux du trajet du "cadeau" sur la plage, contrastant avec la situation crasseuse et inconfortable de son intérieur. Et puis cette relation mère-fils, Anne Atthaway et Tom Holland s'amusant dans leur partition, avec des dialogues vraiment bien sentis. Contrairement aux déclamations barbantes d'Ulysse, campé par un Matt Damon efficace mais sans éclat. Conséquence : aucune attache au personnage principal. Et enfin, la séquence aux pays des morts, vision noire et poétique de l'enfer.
Même si bon, ils courent pas bien vite ces morts. Comme le cyclope qui préfère finalement prendre un bain plutôt que d'abattre ses ennemis. On regrettera aussi cette scène du tourbillon suivi du monstre scylla, bien trop plate et mal chorégraphiée, qui m'a fait regretter l'ambition esthétique d'un Pirates des Caraïbes 3.
Ainsi après 2h de film, et après un gros voyage en radeau raccourci à la durée d'un reel Insta, la retour au Pays se fait sans aucune émotion pour Ulysse. Je suis assez partagé sur la dernière partie, car autant elle est très efficace dans sa construction, dans la montée de la tension et c'est un vrai plaisir de spectateur tant c'est ludique et tenu pendant un bon 30 minutes. Autant elle est un peu prévisible, sans vraie idée d'iconisation de personnage ou de plan marquant (alors qu'on est sur un film qui relate un mythe quand même) et avec des astuces de scénario sur-utilisés (le mystérieux voyageur sous sa cape ? Vraiment ?). Je ne parlerait pas des fusils de tchekhov visibles à 1000km, et du jeu de Pattison, caricature d'un Cedric Diggory sous Ecstasy.
Malgré tout, Nolan tente quelque chose, une nouvelle fois, en faisant avancer le cinéma vers quelque chose d'autre, d'imparfait, mais avec des obssessions, une vision, et un sens du storytelling. C'est inégal, c'est loin des grandes oeuvres que Nolan a pu faire il y a 10 ans, mais l'ampleur est là, les tentatives aussi, et c'est peut-être déjà ça. Même si je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'un Denis Villeneuve aurait fait de cette croisière dramatique.
Ah oui, mention spéciale à la B.O. qui parait insignifiante au début, pour finir par vraiment épouser l'âme du film et créer une ambiance singulièrement oppressante. Bravo.