Je ne pensais vraiment pas écrire ça un jour, mais L'Odyssée est sans doute le premier Christopher Nolan devant lequel je me suis profondément ennuyé.
Ça me fait presque mal de l'écrire parce que j'adore son cinéma. Interstellar est l'un des plus grands films de science-fiction que j'aie vus, Tenet m'avait plu, et même quand Nolan divise, j'ai souvent envie de défendre ses partis pris. Là, pendant toute la séance, je me suis demandé si ce n'était pas moi qui passais à côté du film.
En y repensant plusieurs jours après, je crois avoir compris ce qui m'a autant laissé sur le bord de la route.
Je ne suis pas un grand spécialiste d'Homère, mais je gardais le souvenir d'un récit profondément humain. Pour moi, L'Odyssée, ce n'est pas seulement une succession de monstres, de sirènes ou de cyclopes. C'est le parcours d'un homme intelligent, rusé, parfois peu sympathique, qui apprend, qui perd des compagnons, qui se trompe bafoue les dieux, et qui avance malgré tout. Chaque étape raconte quelque chose de lui.
Et c'est précisément ce que je n'ai jamais ressenti ici.
Les sirènes, le Cyclope, Circé, les prétendants... tout est là, mais j'ai eu l'impression d'assister à une succession de tableaux magnifiques ou spectaculaires qui ne racontent jamais vraiment pourquoi ils existent. J'ai dû aller chercher le sens dans mes souvenirs du collège plutôt que dans ce que le film me montrait.
Puis une idée m'est venue après la projection. Peut-être que Nolan ne cherche pas réellement à adapter Homère. Peut-être qu'il prend simplement L'Odyssée comme point de départ pour raconter tout autre chose.
J'ai eu le sentiment qu'il s'intéressait finalement beaucoup moins à Ulysse qu'à l'effondrement d'un monde. Là où j'attendais une réflexion sur le retour, la famille, les choix, la responsabilité ou l'intelligence, j'ai surtout vu un univers qui se désagrège peu à peu. Les épisodes ne deviennent plus des leçons de vie, mais les différentes étapes d'une civilisation qui court à sa perte.
Si c'est bien ce qu'il voulait raconter, je comprends mieux son projet. Mais je n'y adhère pas.
Parce que je n'ai jamais été ému. Je n'ai jamais senti le poids des pertes, ni la souffrance d'Ulysse, ni même son incroyable intelligence. J'ai souvent eu l'impression que Nolan observait ses personnages de très loin, presque avec froideur. Comme si l'homme comptait moins que le symbole.
Le casting renforce encore cette distance. J'aime beaucoup Matt Damon, Charlize Theron, Zendaya ou Robert Pattinson, mais je ne vois jamais leurs personnages. Je vois des stars. Là où Le Seigneur des Anneaux ou Game of Thrones avaient trouvé des interprètes qui disparaissaient derrière leurs rôles, ici j'ai surtout l'impression d'assister à une réunion de célébrités. Ça casse constamment mon immersion, mais peut-être que ça aussi c'est voulu que ça participe à l'effondrement...
Les dialogues m'ont également laissé perplexe. Certaines répliques semblent vouloir retrouver la grandeur de l'Antiquité, puis la scène suivante sonne presque comme un film contemporain. Je n'ai jamais trouvé une véritable unité de ton.
Visuellement, c'est probablement la plus grosse surprise. Je trouve la photographie étonnamment laide. Cette Antiquité manque de souffle, de beauté, de mystère. Quelques plans sont magnifiques, bien sûr. Le passage de Circé est sans doute celui qui fonctionne le mieux, avec des effets spéciaux très réussis. Mais le reste ne m'a jamais transporté.
Même le retour à Ithaque, qui devrait représenter l'aboutissement du voyage, m'a laissé complètement froid. La dernière partie s'étire, les scènes d'action deviennent presque démonstratives, et je n'ai jamais ressenti l'émotion que j'attendais.
Le signe qui ne trompe pas, c'est qu'au bout d'un moment j'ai regardé combien de temps il restait avant la fin. Il restait encore près d'une heure et demie. J'ai même eu envie de quitter la salle, ce qui ne m'arrive quasiment jamais. Je suis resté uniquement parce que j'avais payé ma place et que j'étais accompagné.
Je suis peut-être complètement passé à côté de la proposition de Christopher Nolan. C'est toujours possible. Mais si son idée était de transformer L'Odyssée en chronique de l'effondrement d'un monde plutôt qu'en voyage profondément humain, alors je comprends mieux ce qu'il cherchait. Simplement, ce n'est pas le film que j'espérais voir.
Pour la première fois devant un Nolan, je suis sorti de la salle sans émerveillement, sans émotion... et avec le sentiment d'avoir regardé un immense spectacle qui avait oublié l'essentiel : l'humain.