Pour sa version de l'odyssée Christopher Nolan a réuni dans son casting un aréopage de l'aristocratie hollywoodienne à la façon d'un film Marvel, mais avec certaines stars n'ayant pas encore officié sous spandex. L"idée étant que les super-héros peuvent se comparer à l'édification d'une mythologie moderne dans la pop-culture, et donc que l'Illiade et l'Odyssée comptent parmi les premiers films de super-héros, alors pourquoi ne pas utiliser les recettes qui marchent pour les films de...vous avez compris, c'est assez basique finalement, mais est-ce que ça marche ?
Une autre idée du film est d'incorporer différentes temporalités dans le cour du récit. Rien de neuf à ça, ce traitement est une signature de christopher Nolan depuis son premier film et chacun d'entre eux en contient une variation formelle ou narrative, plus ou moins visible. Sur le plan formel, Nolan est un virtuose de l'exercice qui ne craint pas la complexité. Son cinéma cérébral, brillant, et suffisamment conscient de lui-même pour jouer avec les codes du blockbuster, peut paradoxalement paraitre froid par moments, en ce qu'il propose un imaginaire corseté par un trop grand art du contrôle, qui laisse peu de place aux temps du rêve. Un paradoxe dans le paradoxe, donc, si on songe (...) à son Inception, très grand film bancal dont les personnages évoluent dans les rêves des autres, mais souvent des rêves très référencés et liés à des traumas explorés par la psychanalyse, loin de représentations oniriques fantasmatiques, surréalistes ou sensuelles d'autres cinéastes, Lynch, Kurosawa, buñuel, Wong Kar Wai... explorant ces plans de réalités. En multipliant les mises en abîmes, Nolan (avec souvent son frère au scénario), a su être passionnant, mais l'est-il encore ?
L'histoire on la connait tous(tes), ce bon vieux Ulysse partit trop loin avec ses compagnons, et notamment une de ses relectures les plus réussies, Ulysse 31 de Jean Chalopin et Nina Wolmark, un dessin animé franco-japonais (si vous ne connaissez pas, ruez vous dessus avec vos enfants). Et ce qui est certain, c'est qu'elle contient potentiellement moins de personnages féminins que le dyptique sur De Gaulle de anthony Baudry, un autre film de guerre qui conte une histoire vraie, lui. Et si le film de Baudry s'en tire sans faire dans le remplissage, que dire de ces scènes avec une Athéna jouée par Zendaya, transformée en statue pour la majorité et sentant le rajout artificiel et plus très intelligent. Zendaya n'en sort pas glorieuse, d'ailleurs, plus icône qu'actrice, et ses derniers choix de jeu interrogent. A-t-elle fait mieux qu'Euphoria 1 et 2 (non, pas la 3)ou, à la rigueur, mary-jeanne ?
Et Tom Holland, mieux qu'Infinity Wars ? Ici en Télémaque, il parait ailleurs. Comme sa compagne actuelle, trop conscient de lui, il ne parvient jamais à plonger dans la sensibilité du personnage, fils jamais à la hauteur du père. Peut-être trop européen pour lui, tant il évoque par moment un vacancier des Hampton ayant oublié son polo.
Dans le rôle de Pénélope, Anne Hathaway tire son épingle du jeu. La seule à faire passer une présence humaine au milieu de cette tragédie guerroyeuse, et ce en dépit d'un paravent ouvragé dont un esthète comme Won Kar-wai aurait certainement tiré tout un autre potentiel symbolique, mais ici simple accessoire frôlant l'artificiel.
Concernant le personnage principal, Matt Damon, par ailleurs remarquable scénariste, a moins à prouver et, héros mythique au corps marqué par la guerre, il connait. Peu d'éléments nous rapproche de ce personnage, il faut dire. Comme dans sa majorité, le film nous tient à distance de ces personnages peut-être trop mythiques, trop proches du conte pour enfants. Pourtant sous un traitement d'image et de thématiques se voulant adulte et dépourvu d'éléments merveilleux. Les monstres légendaires, le cyclope, les sirènes sont présents, mais réduis à leur plus simple expression, illustratifs. Simples éléments du voyage exposé par le film, celui d'un homme de retour de la guerre et ses traumas., ses dilemmes, ceux qu'on laissent derrières, ceux qui nous hantent, tout en oubliant pas de nous divertir.
Cela fonctionne. Dans une certaine mesure. O,n peut regretter que le film n'échappe pas à ce calcul. Nolan mets beaucoup de chose, esquisse des plans, ce paravent de Pénélope par exemple, qui aurait pu être magnifié, ou plus évidents, ces plans de plages désertes battus par les vagues où s'échouent les hommes, sans jamais aller au bout de ses idées, comme pour dire: "ça je peux le faire, ça je pourrais, j'y ai pensé...", mais sans exprimer de vision personnelle autre que ses effets signatures. Par moments j'ai ressenti la durée du film, notamment vers la fin. Le film s'étire, perd ses effets en voulant contourner les moments attendus comme la reconnaissance du chien Argos dont Nolan loupe la mort, comme avec celle de marion Cotillard. Et cette absence d'émotions autres que spectaculaires, sous un vernis de complexité cérébrale, est finalement très américain, trop par moments selon moi. On, aimerait qu'ils s'intéressent un peu plus aux autres.
Mais bon, pour y aller avec les enfants, ça marche, foncez.