Je me doutais que ça ne serait pas très bien mais j'étais quand même curieux de voir ce que donnerait une adaptation de l'Odyssée à une époque où le genre du péplum est (heureusement) un peu muerto.
Pendant les deux premières heures, tout dans le film essaye de nous faire croire qu'il se passe quelque chose à l'écran alors que l'intrigue avance péniblement. La mise en scène des moments cultes de l'Odyssée d'Homère alterne entre le sympa et franchement effrayant (comme la grotte de Polyphème et la rencontre des compagnons d'Ulysse avec Circé) et le médiocre (Scylla se résume à un gloubiboulga de trompes d'éléphant).
Dans l'heure finale, le film accélère. Ulysse rallie Ithaque en express - et visiblement à la nage (il ne passe pas chez les Phéaciens, mais soit). C'est là que le propos de fond du film devient ouvertement tendancieux...
Je pressentais bien avant la connerie arriver avec les multiples références aux "Peuples de la mer" (par ailleurs inconnus des Grecs) mais je crois que je préférais encore rester dans un déni mêlé d'incrédulité avant de me rendre compte que Nolan avait bel et bien osé faire adopter à Ulysse le rôle du héros blanc qui viendra rétablir les "vraies valeurs" afin de revitaliser une civilisation soi-disant menacée d'extension. En plus, le discours sur Ulysse qui s'en veut d'avoir laissé pour morts ses compagnons sans leur offrir une sépulture décente rappelle un peu trop les films débiles sur les vétérans américains qui reviennent "traumatisés" des guerres menées par leur pays au Moyen-Orient (après avoir exterminé des familles entières d'Irakiens).
L'Odyssée aurait pu être un film correct en reprenant simplement le fil de l'épopée originale. D'autant plus que le récit du voyage d'Ulysse nous offre déjà un miroir qui nous renvoie à notre condition d'humains. C'était vraiment pas la peine qu'un réalisateur américanoide mental vienne mettre son grain de sel là-dedans.
Et c'est pas la mise en scène navrante qui rattrape le désastre. L'intérieur du palais est tellement laid que j'ai cru pendant un moment que c'était volontaire. Au moins il pique un peu moins les yeux que l'espèce de filtre gris dégueulasse. On dirait que Nolan a vu le meme sur le filtre "Pologne" dans les productions Netflix et l'a trouvé marrant au point d'en faire un film de 2h50...
Enfin, ne parlons pas de la façon dont les batailles sont filmées. Agamemnon en mode Dark Vador qui avance vers les scènes de baston les plus molles qu'on verra au ciné cette année, notamment lors de la bataille "finale" à l'intérieur des murs de Troie. Une de mes collègues antiquisantes m'a dit qu'elle était contente que le film respecte la trame du livre. Ca valait effectivement le coup de faire une adaptation fidèle pour ajouter des explosions au moment du sac de Troie. En mode les Grecs avaient de la TNT avec eux...
Pour le coup même Athéna ne nous sauvera pas. D'abord parce qu'elle ne peut pas et ensuite parce Zendaya apparaît 30 sec à l'écran. On comprend d'ailleurs pas très bien s'il s'agit de la fille de Zeus ou d'une espèce de personnification de l'ange de droite d'Ulysse.. Bref, à quoi ça servait de prendre une actrice aussi populaire pour un rôle aussi inutile. Est-ce que c'est juste parce que son gadjo tient un des rôles principaux.
En plus l'aède c'est Travis Scott, wtf ???? Ca a suffi pour me faire sortir du film au bout de 54 secondes.