QUICONQUE OSE DÉFIER LA PUISSANCE DE ZEUS DOIT ÊTRE PUNI.
Bam! Ça c'était du générique!
Ici, on s'intéressera non pas à l'Odyssée sur son 31 mais à la version de ce cher Christopher Nolan. Bien que ce dernier nous ait offert l'une des meilleures épopées spatiales de ces dernières années avec Interstellar, oubliez les blasters et les robots. Nolan délaisse ici les comics et la science-fiction pour adapter un texte fondateur de près de 3000 ans, excusez du peu. Après le biopic historique acclamé qu'à été Oppenheimer, Christopher est décidément sur une trajectoire de respectabilité. Le film autobiographique sur son enfance n'est pas loin...
Si je fais mon introspection avant d'écrire cette critique, je dois bien admettre que je suis allé voir l'Odyssée en ayant très envie de l'aimer. Pas par fanatisme envers son réalisateur ou par amour du matériau d'origine mais en réaction à des polémiques en ligne ayant atteint un niveau tout bonnement abyssal...Laissons donc sur les rives du Styx les Cassandres s'élevant contre les transgenres et les Hélène noires pour nous intéresser vraiment à l'œuvre proposée.
Et le verdict de votre Minos des espaces numériques intersticiels est sans appel : l'Odyssée, c'est bien. Pas top, pas nul, juste bien, parfois même vraiment cool.
Commençons par ce qui fâche : l'Odyssée de Nolan, c'est Ulysse 173. C'est long, trèèèès long... En ajoutant la pub pour l'agence immobilière du coin et le trailer pour Spiderman homelander, cela nous amène à près de 3h30 assis dans le noir, à se demander comment caler ses jambes sans mettre un front kick dans le siège de devant. On souffre avec Ulysse qui, retrouvant enfin le pays des vertes années, passera plus de 25 minutes supplémentaires à immoler les parasites opportunistes infestant son palais. 25 minutes parmi les moins réussies du métrage, ponctuées d'une scène de temple parfaitement dispensable et d'une bataille finale brouillonne, peu lisible et interminable. J'ai beau apprécier Robert Pattinson, je me languissais de le voir fusionner avec le glaive vengeur du héros, ne serait-ce que pour pouvoir me délecter à nouveau de la position verticale.
D'autres péripéties seront elles aussi sources de frustration : la rencontre avec les sirènes est expédiée en quelques plans sans saveur. Dommage car l'idée d'aborder l'effet de leur chant mystérieux sur la psychée d'Ulysse était excellente. L'attaque des silver samouraïs est elle aussi peu impactante : une nouvelle rouste et puis s'en va. On en vient presque à rigoler devant la débandade de ces pauvres grecs vers leurs navires, conclusion inéluctable de chacune de leurs escales. "Run away!!" On se croirait dans Sacré Graal, le lapin homicide en moins.
Dernier point ayant passablement déçu votre serviteur : l'incapacité du réalisateur à créer l'émotion dans des scènes où celle-ci devrait pourtant culminer et transformer le spectateur en pathétique homme-soja larmoyant. Quand le vieil Argos reconnaît enfin son maître et rend son dernier souffle, lui qui l'a fidèlement attendu durant toutes ces années, qui a tout enduré pour le revoir une ultime fois, mon petit coeur devrait se briser en mille morceaux. Mais là non. La brave bête expirera tristement sur un tas de fumier, après une vague caresse affective, c'est tout juste si on ne l'envoie pas chez l'équarrisseur dans la foulée... Les retrouvailles entre Télémaque et son père sont du même acabit et ne contenteront pas davantage le public prompt à s'émouvoir. Paroxysme de la déception : même la réunion avec la belle Pénélope, accomplissement tant attendu du voyage de notre héros, n'accouche en fin de compte que d'une scène très convenue, presque mécanique. Le romantisme, c'est bon pour les Troyens.
Ces quelques réserves énoncées, le film de Nolan n'en reste pas moins une œuvre de qualité. Certaines scènes sont véritablement grandioses. L'épisode du Cyclope m'a littéralement scotché, tout comme Ulysse et ses compagnons soudainement écrasés par la présence du divin. Circée quant à elle, nous offre une scène de body horror jamais vue jusque là, modelant les corps par des caresse dérangeantes qui hanteront longtemps les souvenirs du spectateur.
Mais surtout, la volonté de Nolan de proposer un vrai point de vue - tout à fait cohérent - sur cette œuvre millénaire est véritablement à saluer. Sa relecture du mythe, centrée sur le viol par Ulysse d'une règle sacrée de l'espèce humaine (les fameuses lois de Zeus), éclaire toute l'œuvre et donne du sens à l'errance de son héros brisé. Que l'on adhère ou non à sa vision, Nolan offre ici un vrai point de vue de réalisateur, risqué mais tellement délectable à l'ère des productions calibrées au poil de cul pour brasser large. Le film semble d'ailleurs cliver aussi bien la critique que les spectateurs, ce qui est à mon sens à mettre à son crédit. Quelle est belle la liberté comme dirait Brassens.
L'Odyssée est donc à l'image de son protagoniste : pas exempte de défauts mais sacrément astucieuse et méritante. Courrez-y donc pauvres mortels avant que Disney et Marvel ne nous fassent retomber de Charybde en Scylla.