Sur le papier, c’était la promesse de l'année. En pratique ? Une vraie douche froide. Christopher Nolan s’attaque au texte fondateur d’Homère, mais au lieu d’aborder le mythe avec l’humilité et le respect qu’il mérite, il nous livre une œuvre boursouflée qui étouffe sous son propre ego de mise en scène.
Une véritable boucherie narrative
Pour tout amoureux de récit historique ou mythologique, le visionnage est un calvaire. Nolan charcute le texte original sans aucun état d’âme. Il réécrit les chronologies, fait disparaître des étapes majeures du voyage et dévisage la substance même du mythe pour la plier à sa propre formule. On repassera pour la "relecture moderne" : c'est surtout du mépris pour l'œuvre de base.
L'erreur du film unique
Vouloir caser dix ans de guerre de Troie et dix ans de perdition en mer dans un seul métrage de 2h52, c'était condamner le rythme d'entrée. Le récit est un sprint permanent. Tout est survolé, précipité, géré comme une vulgaires liste de courses visuelle. Il fallait un diptyque ! Deux films de 2h30 auraient enfin laissé le temps à l'histoire de respirer, d'installer la fatigue d'Ulysse et le poids des années. Là, tout glisse sur nous sans jamais nous toucher.
Les "Avengers" hollywoodien
Côté casting, c'est l'overdose de stars. Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson... On ne voit pas des héros de la Grèce antique, on voit le tapis rouge de Los Angeles parachuté sur des décors de studio. Faire l'impasse sur un casting méditerranéen pour nous coller une brochette de têtes d'affiche américaines ultra-reconnaissables, ça détruit immédiatement toute tentative d'immersion.
Un climax interminable
Le pompon revient à la séquence finale à Ithaque. Au lieu de nous livrer la vengeance nette, brutale et viscérale qu'on attendait tous, Nolan choisit de tout complexifier inutilement. Il sur-analyse l'action, étire le temps au ralenti, colle du montage parallèle inutile et plombe la tension à coup de silences pompeux. Le massacre des prétendants, qui aurait dû être une claque magistrale, devient un tunnel d'effets de style indigeste où l'on finit par regarder sa montre.
Bref, l’Odyssée reste un spectacle visuel impressionnant par moments, ce qui lui évite le naufrage complet. Mais entre son irrespect du matériau d'origine, son casting catalogue et son climax au ralenti qui s'étire en longueur, le film loupe complètement sa cible. Un beau gâchis.