J'ai entendu dire, il n'y a pas longtemps, que Christopher Nolan faisait du cinéma pour beaufs. Du genre des beaufs qui pensent être dans le coup. En regardant ce film, je me suis donc demandé à quel moment on pouvait sérieusement penser ça.
Il est vrai que Nolan commence à tomber dans certaines caricatures qu'on lui prête. Du genre : « Je vais faire un film un peu exigeant, mais tout de même pensé pour le grand public. » Personnellement, je préfère considérer ça comme une signature. Une manière de rendre des concepts ambitieux accessibles sans les vider de leur substance. Et le résultat de son art demeure, à mes yeux, toujours aussi gratifiant et efficace.
Du coup, j'ai presque l'impression d'être un public facile en lui attribuant la note maximale. Mais vous savez quoi ? Je m'en fous. J'ai adoré. Et puis, après tout, ce n'est pas inavouable d'aimer Nolan. Ici, on ne parle tout de même pas d'un Fast & Furious, mais d'une adaptation de l'un des plus illustres ouvrages de la littérature mondiale. Que je n'ai pas lu, au grand dam de mon ami, qui n'arrivait pas à croire qu'on ait pu me faire lire autre chose à l'école.
Je pense avoir une bonne culture générale, mais je dois reconnaître que j'étais plus ou moins vierge de ce texte fondateur. Bien sûr, je connaissais les grandes figures : Ulysse, Calypso, le Cyclope, les géants, les sirènes... Mais je ne m'étais jamais véritablement intéressé à la trame narrative de ce monument littéraire. Je suis donc heureux d'en apprendre davantage grâce à la relecture de Nolan. L'expérience n'en est que plus surprenante.
Je ne sais pas si j'ai envie de faire une analyse approfondie, étant donné que je ne suis probablement pas le mieux placé pour relever toutes les références ou les subtilités de cette adaptation. Permettez-moi simplement de donner mon ressenti. Je crois savoir (attention, spoilers) que cette dimension de culpabilité qui habite Ulysse est absente du texte original. Si je me trompe, excusez-moi. Mais le fait que ces dix années d'errance soient ici, en partie, justifiées par cette culpabilité, matérialisée par la présence d'Athéna, incarnée par la magnifique Zendaya, est sans doute l'aspect du film qui m'a le plus marqué. Le dénouement, porté par ce dialogue bouleversant et cette montée en puissance musicale typiquement nolanienne, est d'une intensité remarquable. C'est le genre de scène qui vous saisit autant par ce qui est dit que par ce qui ne l'est pas.
Les scènes d'action, baignées dans cette fantasy des temps anciens, m'ont également captivé du début à la fin. Elles possèdent un souffle épique qui ne retombe jamais. Je crois même avoir discrètement versé une larme devant l'histoire de ce chien qui attend son maître avant de mourir. C'est un détail, mais c'est précisément ce genre de détail qui donne une âme à un film. Une multitude de petites attentions, soigneusement mises en scène, qui finissent par faire toute la magie de ce que je considère comme un véritable chef-d'œuvre.
Ajoutez à cela une bande originale absolument folle, un casting au-delà du cinq étoiles; Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Charlize Theron, Zendaya, John Leguizamo, Jon Bernthal, Elliot Page... et j'en oublie certainement. Un véritable tapis rouge.
La photographie est sublime, les effets numériques aussi et les reconstitutions de cette Grèce antique mythologique sont d'une précision et d'une beauté qui m'ont laissé admiratif. On sent une volonté constante de faire du grand spectacle sans sacrifier la mise en scène ni la force du récit.
J'ai adoré.