Trois ans après Oppenheimer, Christopher Nolan poursuit son exploration des mythologies contemporaines axées sur l’effondrement. The Odyssey dresse le portrait nihiliste et torturé d’un héros traumatisé et d’une civilisation pathogène. Ulysse pourra-t-il rentrer à Ithaque, sauver Penelope et Telemaque des prétendants et … suivre une thérapie ?
Avec les moyens des superproductions hollywoodiennes propres à la culture hégémonique, le réalisateur britannico-états-unien revient aux fondements mythiques de la culture occidentale avec son adaptation de L’Odyssée. Composé au VIIIe siècle avant notre ère, le poème homérique est un texte fondateur de la culture occidentale, au même titre que la Bible. Dénué de complaisance et d’héroïsme, le réalisateur opte pour un ton tragique parfaitement adapté.
L’histoire raconte le terme de la Guerre de Troie et le long voyage de retour d’Ulysse vers ses terres d’Ithaque. Après la victoire des Grecs, chaque guerrier et chaque seigneur de guerre rentre à la maison. Le seigneur d’Ithaque, lui, sera balloté par vents et marées durant encore dix années. Ce qui différencie Nolan d’Homère, c’est qu’il n’y a pas de dieux vengeurs dans The Odyssey : Ulysse est torturé et souffre de ne pas ressentir le nostos. Ce mot désigne le désir profond qui pousse chaque personne à persévérer vers le foyer. Continuer son petit bonhomme de chemin et vivre en bonne conscience ? Impossible. Son esprit est une plaie ouverte où logent les démons du syndrome de stress post-traumatique et de la culpabilité.
Le fond du problème ? Alors que les Grecs étaient embourbés dans une guerre interminable, Ulysse développe la ruse du Cheval. Tout en signant la victoire des Grecs, c’est un véritable virus dépassant les principes de la « loi de Zeus ». Cette loi régit l’entente mutuelle entre un étranger et son hôte. La xénia, présentée comme le droit international du monde ancien, stipule qu’un étranger doit être traité comme un égal, voire comme un olympien dissimulé, et exige un échange de respect, d’honneur et d’offrandes. En tant que fondement civilisationnel, une rupture de la « loi de Zeus » serait synonyme de rupture totale…
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