Premièrement on peut commencer par dire que le film n’est pas nul, que les décors sont beaux et que la photographie est réussie (si on aime la grisaille). On peut tout de même retenir trois vraies bonnes scènes avec la scène des transformations sur l’île de Circé, la scène de la visite aux enfers et le dialogue final entre Ulysse et Pénélope. Aussi, la qualité de la bande son (malgré un choix de limiter l’utilisation de thèmes épiques discutable) nous garde un peu attentif.
Deuxièmement, si l’on s’attarde un peu plus sur les détails beaucoup de points négatifs nous viennent aux yeux et nous sortent du film. Bon, je tiens à noter que j’ai pas mis toutes les billes de mon côté en allant voir le film en VF et en format classique sans IMAX (erreur de débutant), mais au moins j’aurais économisé 15€.
Au rayon des déceptions s’étalent pêle-mêle: un récit décousu et des choix scénaristiques ratés, un casting raté (Nolan qui veut faire plaisir à ses protégés), un acting très limite et peu convaincant (on ne s’attache à aucun acteur véritablement), des scènes mal chorégraphiées (la bagarre finale), des costumes improbables et un réalisateur qui se voit plus beau que ce qu’il n’est réellement.
Pour un fan de l’Odyssée (mon père me lisait le livre pour m’endormir étant petit) et un fan de Nolan, je peux vous affirmer que ces 3h furent un périple aussi long et fastidieux que celui d’Ulysse pour rentrer à Ythaque. Bon au final c’est peut-être l’aspect que Nolan a voulu donner à son film? Si c’est le cas, c’est réussi…
La première et plus grosse erreur de Nolan est de vouloir condenser l’Odyssee en un seul film, au lieu de se concentrer sur certaines étapes comme avait pu le faire Pasolini dans le superbe « Le Retour d’Ulysse » avec une Juliette Binoche et un Ralph Fiennes très crédibles dans les rôles de Pénélope et Ulysse. Sans compter que Nolan choisit en plus de nous ajouter des parties de l’Illyade dans le film pour faire plus Péplum (la bagaaaaaaarre de Troie), ce qui n’a aucun effet à part raccourcir toutes les scènes et de ne se retrouver à la fin du film avec l’impression qu’aucune scène n’a duré plus de 2min et qu’on n’a pas vraiment ressenti la galère d’Ulysse et la lenteur de son retour (après tout il faut que les jeunes puissent conserver leur attention sur l’écran et ne pas se détourner vers l’écran de leur téléphone …). Dans ce rayon là aussi, on peut noter la pauvreté des dialogues (c’est bien dommage pour un récit tiré de vers de poèmes) et la rapidité des interactions verbales ne laissant aucune place à la réflexion et à l’interprétation. Pourquoi choisir aussi d’ignorer la scène la plus célèbre du roman, autrement dit la rencontre avec Polyphème ou Ulysse discute avec le cyclope et ne lui donne pas son nom (mon nom est Personne) afin de ne pas se faire poursuivre par les autres cyclopes, ce qui va déclencher la colère de Poséidon (car il est le père de Polypheme qui a été tourné au ridicule) et le début de ses mésaventures sur la Méditerrannée. Pourquoi ne pas souligner la ruse d’Ulysse qui l’a rendu célèbre ? Matt Damon ne fait que subir pendant 3h d’écran et ne prend jamais les choses en main (bouge toi punaise!)
La seconde erreur est ce casting incompréhensible: à quoi sert Zendaya? Tom Holland arrivera-t-il un jour à transmettre des émotions à l’écran et à être utile quand il n’est pas caché derrière un masque d’homme araignée? Pourquoi Robert Pattinson cabotine autant afin de rendre son personnage détestable? Il suffisait qu’il joue comme d’habitude et ça aurait suffit… Pourquoi ajouter Travis Scott en ne pas avoir pris le parti de l’utiliser comme une voix off poétique expliquant certains choix divins impactant Ulysse et ses hommes ?Pourquoi choisir de faire jouer Elliott Page la version adulte d’un enfant en embonpoint ne lui ressemblant aucunement? On se passera de commentaires sur la volonté de sureprésenter le multiculturalisme qui n’avait pas lieu d’être à l’époque et les acteurs choisis (tiens tiens le seul asiatique a l’écran est finalement celui qui succombe aux sirènes)… Quitte à ancrer le film comme un film revendicatif des libertés plurielles, il aurait mieux fait d’axer sa pensée sur les libertés sexuelles et les plaisirs que s’autorisaient les grecs (et qui sont pour le coup documentés). Heureusement que Anne Hathaway tient la baraque, que Circé est intéressante malgré son faible temps d’écran et que Matt Damon arrive tout juste à s’en sortir … merci aussi au chien, qui est l’acteur qui nous a procuré le plus d’émotions devant l’écran.
Quant aux costumes et à la photographie je n’ai pas du tout été emballé. Je ne savais pas que la Méditerranée ressemblait à la mer du nord, et que ses côtes ressemblait à l’écosse. Je ne savais pas non plus que les troyens étaient des Rohirims de Minas Thirit ni qu’Agamemnon était en réalité l’ancêtre de Bruce Wayne. Ah oui et c’est bien beau de ne pas vouloir utiliser de CGI pour rendre le film plus réel, mais l’hydre de Scylla ressemble à un vulgaire monstre en carton…
Pour finir les références constantes à ses propres œuvres ( le cheval de Troie sur la plage du débarquement de Dunkerque, Agamemnon avec l’armure de Batman, le mythe du retour d’Interstellar, les remords de la guerre d’Oppenheimer…) nous donnent une impression d’auto suffisance du réalisateur et de snobisme (le choix de n’utiliser QUE des instruments d’époque pour la BO) de quelqu’un voulant à tout pris modifier un récit millénaire à sa propre sauce (punaise oui le récit est triste mais la Méditerranée c’est ensoleillé, pas brumeux et fade !) En somme Nolan a juste voulu se faire plaisir en changeant de style de film et d’époques par rapport à ce qui fait sa réussite d’habitude, et il s’est royalement viandé !