Je parle bien sûr de l'énorme dispositif qu'est la caméra IMAX, appareil de 135 kilos qui fait les plus belles images du monde et dont Nolan réussit l'exploit de tourner tout un film avec, oui mais à quel prix ?
J'ai une relation forte au cinéma de Christopher Nolan, dont la révélation Inception m'a fait comprendre un jour de 2010 à 17 ans que j'aimais ce truc qui s'appelle cinéma. Une longue exploration du champ cinématographique s'en est suivi et se continue.
L'Odyssée contient tout de ce qui fait Nolan.
Pour le meilleur :
- de l'action conceptuelle (l'intérieur du cheval de Troie, la scène du Cyclope)
- des plans magnifiques (mais qui ne durent jamais)
- des effets pratiques exceptionnels (les cochons de Circé, incroyable, les arbres mouvants aussi)
Pour le pire :
- des dialogues médiocres (faits de sur-explications et de questions-réponses)
- des acteurs laissés à eux-mêmes
- un montage et des raccords indignes techniquement
- des combats ratés
Je reproche à Nolan de ne pas se raffiner de film en film, de ne pas aller à l'os de son cinéma ou de tenter des choses nouvelles. Au contraire les défauts cités s'accentuent. Si on compare à Scorsese qui arrive à nous pondre soit Silence (un film calme et épuré) soit Killers of the Flower Moon (3h30 tenues de bout en bout et des tentatives formelles nouvelles) ça fait pâle figure.
L'Odyssée est le divorce définitif entre Christopher et moi. Je pense toujours que Memento est un chef-d'œuvre de high concept minimaliste à petit budget, que Dunkerque est brillant, que Le Prestige a un des meilleurs twists, que The Dark Knight contient un méchant culte. Mais Interstellar m'avait déçu, Tenet est imbitable, et L'Odyssée trop inégal.
Je me dis néanmoins que cette débauche impressionnante de moyens permettra à de nouvelles personnes de s'intéresser au medium comme il a pu le faire avec moi, qu'il est un passeur qui permet à ceux qui ne regardent que des gros films américains d'aller un peu voir ailleurs, de mettre le nom d'une personne derrière les titres de films.