Il est difficile de reprocher quoi que ce soit à L’Odyssée sur le plan strictement cinématographique. La réalisation est, comme toujours chez Christopher Nolan, d’un niveau technique exceptionnel. L’image, les décors, l’ampleur du spectacle, certaines séquences d’aventure : tout témoigne d’une maîtrise presque insolente.
Et pourtant, pour une fois peut-être plus que jamais, j’ai eu le sentiment que Nolan était dépassé par l’histoire qu’il voulait raconter.
Le film accumule les grands noms, sans que cette abondance se traduise nécessairement par de grandes performances. Beaucoup d’acteurs, beaucoup de visages connus, mais relativement peu de rôles véritablement marquants. Comme si le prestige du casting devait parfois se substituer à la construction des personnages.
Même problème avec la musique. Nolan pousse à son maximum une stratégie qu’il utilise depuis longtemps : amplifier, souligner, donner constamment aux scènes une dimension monumentale. Mais à force de vouloir rendre chaque moment important, plus aucun ne l’est réellement. La musique devient tellement présente, tellement emphatique, que la hiérarchie émotionnelle du récit disparaît. Les petits moments et les grands moments finissent par être traités avec la même intensité.
C’est surtout dans l’écriture que le film m’a laissé sur ma faim. Il y a beaucoup de choix scénaristiques et narratifs étonnamment faciles. L’Odyssée est une adaptation extrêmement ambitieuse dans sa forme, mais finalement très peu courageuse dans sa manière de s’approprier le récit. Nolan semble davantage chercher à reproduire parfaitement l’épopée qu’à véritablement la réinventer.
Le résultat est presque paradoxal : une copie cinématographiquement magnifique, mais une adaptation qui manque de personnalité et, surtout, d’âme.
Et c’est précisément ce qui me dérange de plus en plus chez Nolan. Il perfectionne film après film une conception extrêmement matérialiste du cinéma : toujours plus grand, toujours plus spectaculaire, toujours plus maîtrisé. Dunkerque, Tenet, Oppenheimer avaient déjà renforcé cette impression. Avec L’Odyssée, cette évolution me paraît atteindre une sorte de point culminant. Nolan fait du Nolan avec une telle efficacité qu’on finit presque par avoir l’impression qu’il applique une formule : une machine parfaitement réglée capable de produire du grand cinéma, mais qui peine de plus en plus à produire de l’émotion.
Certaines aventures d’Ulysse fonctionnent pourtant très bien. Prises individuellement, plusieurs séquences sont de magnifiques morceaux de spectacle. C’est davantage le début, la fin et surtout l’ensemble qui m’ont déçu.
Car derrière toute cette puissance technique se trouve un problème presque impossible à résoudre : L’Odyssée est immense. Ulysse est immense. Et Nolan semble constamment lutter contre cette grandeur sans parvenir à véritablement la dominer. À la fin, je reste avec l’impression d’avoir vu une adaptation presque parfaite dans sa matérialisation cinématographique, mais beaucoup plus faible dans sa construction narrative et émotionnelle.
Un film colossal, donc. Peut-être même trop colossal pour son propre bien.