« En des temps d’apparence magique… »
C’est avec cette phrase que débute L’Odyssée, et dès les premières minutes, je retrouve quelque chose que j’aime particulièrement chez Christopher Nolan : sa manière de construire son récit progressivement, de nous présenter les personnages principaux et les enjeux par petites touches, en distillant les informations plutôt qu’en nous donnant immédiatement toutes les clés.
Avant d’entrer dans la salle, ma seule véritable réserve était finalement la peur d’être déçu. Je savais que le film était en train de cartonner au box-office, mais en ces temps de réseaux sociaux et de connexion permanente, il devient presque impossible de ne rien voir passer. J’avais aperçu rapidement quelques avis, quelques réactions, mais j’avais fait le choix de ne presque rien lire ni regarder.
Je voulais découvrir L’Odyssée sans savoir ce que les autres en avaient pensé, sans connaître les éventuelles surprises ou déceptions. Et finalement, je crois que c’était la meilleure façon de vivre le film : arriver dans la salle avec le moins d’attentes possible et simplement se laisser embarquer.
Et pendant trois heures, je me suis laissé embarquer.
Dès les premières minutes, on reconnaît la patte de Nolan dans la construction du récit. Les personnages apparaissent progressivement, les enjeux se précisent, puis viennent les premières images du cheval de Troie avant que le film ne nous entraîne véritablement dans le récit du retour d’Ulysse.
La bataille de Troie nous est révélée au fur et à mesure, jusqu’à un final qui nous explose littéralement à la figure. Nolan construit son histoire comme une montée en puissance, en gardant certaines cartes en main avant de les abattre au moment voulu.
Et malgré ses trois heures, le film passe à une rapidité effarante. Pas une seule fois je n’ai regardé ma montre en me demandant quand cela allait se terminer.
Le périple d’Ulysse nous entraîne évidemment à travers les grandes figures de la mythologie : le Cyclope, les Sirènes, Circé, la colère de Poséidon…
Le Cyclope est terrifiant et son design est tout simplement incroyable. La scène des Sirènes, elle, est plus courte mais particulièrement intense. Nolan sait quand développer une séquence et quand la laisser filer pour conserver son impact.
L’épisode de Circé mérite également d’être souligné. Le scénario apporte des changements qui lui donnent une vraie originalité, notamment dans la manière dont les compagnons d’Ulysse sont transformés et dans la façon dont Circé s’oppose à leur volonté de pillage. Et Samantha Morton est tout simplement en état de grâce dans le rôle.
Les effets visuels sont eux aussi à la hauteur de cette démesure. Qu’ils soient numériques ou pratiques, ils sont remarquablement intégrés au récit et ne viennent jamais le vampiriser. Ils ne sont pas là uniquement pour nous montrer ce que les équipes techniques sont capables de faire. Ils servent l’histoire, les personnages et l’univers.
Et puis il y a le casting.
Matt Damon, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Tom Holland, Zendaya, Charlize Theron, Samantha Morton… difficile de ne pas avoir le vertige devant une distribution pareille. Je serais d’ailleurs assez surpris de ne pas retrouver quelques-uns de ces noms dans les cérémonies de récompenses l’année prochaine.
J’ai vu le film en version originale sous-titrée et je conseille évidemment cette version pour profiter pleinement des voix et des interprétations.
Mais là où Nolan m’a véritablement cueilli, je ne m’y attendais pas.
Après les batailles, les monstres, les dieux et toute cette démesure mythologique, il lui suffit finalement d’un chien.
Je n’en dirai évidemment pas davantage pour ne rien spoiler. Mais cette scène m’a profondément touché.
C’est peut-être ce que j’aime le plus dans le cinéma de Nolan lorsqu’il fonctionne à son meilleur : derrière les images monumentales et les concepts vertigineux, il sait revenir à quelque chose de très simple, de très humain. Interstellar m’avait littéralement fait fondre en larmes, et je retrouve ici cette capacité à faire surgir l’émotion là où je ne l’attends pas.
La musique prend elle aussi toute son ampleur dans le final. Elle accompagne la montée en puissance du récit et participe pleinement à cette émotion qui gagne progressivement la salle.
Je crois d’ailleurs que je n’étais pas le seul à avoir les larmes aux yeux lorsque les lumières se sont rallumées. Mon voisin essuyait discrètement une petite larme.
Et finalement, ce petit moment en dit peut-être beaucoup sur le pouvoir du cinéma.
Nolan m’a rarement déçu. Même lorsque je suis plus mitigé, comme avec Dunkerque ou Tenet, je trouve toujours chez lui une élégance de mise en scène, une maîtrise formelle ou une proposition inédite. Il y a toujours quelque chose à regarder, à ressentir ou à questionner.
Avec L’Odyssée, j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez lui : l’ambition, la démesure, la maîtrise de la mise en scène, mais aussi cette capacité à faire cohabiter le spectaculaire et l’intime.
J’aime le cinéma depuis mon enfance et lorsqu’un Nolan, un Spielberg, un Cameron ou un Villeneuve arrive sur les écrans, je ne me pose même pas la question : c’est direction les salles obscures.
Et L’Odyssée est clairement de ces films qu’il faut découvrir sur grand écran. La démesure des images, le son, la musique, les créatures, les batailles… tout prend une autre dimension dans une salle de cinéma.
Et si un jour j’ai la possibilité de le revoir en IMAX, je ne réfléchirai probablement pas très longtemps.
Parce que certains films sont faits pour être regardés.
Et d’autres pour être vécus.