Qu'il soit bien clair que mes intentions d'origine étaient pures et honnêtes, semblables au coeur du Prince Puceau s'engageant dans la chambre de la Princesse Endormie pour l'en libérer d'un lourd sommeil grâce au doux et délicat dépot d'un baiser ruisselant d'une bave non consentie et probablement chargé de quelques MST glanées au fil de l'aventure.
Homère et en particulier l'Odyssée me font éprouver une émotion particulière, comme il s'agissât pour de nombreuses Grecques et de nombreux Grecs de ma génération, car j'appris à lire et par conséquent à rêver et penser avec l'Odyssée. Ulysse fut mon premier compagnon de voyage, lorsque j'avais cinq ans et, par la suite, un moule dans lequel je ne m'insérerai malheureusement jamais (pas au sens Grec Antique du terme, calmons nos ardeurs) car je serai toujours bien trop lâche, trop effrayé, trop bête et maintenant aussi trop gros pour marcher dans les pas d'Odysseus mais il demeurait un horizon.
J'ai donc découvert ce film avec tous les biais possibles que cela signifiait. Je me moquais qu'il fut peu fidèle à Homère ou qu'il racontât une autre histoire que celle d'Ulysse tant que ce matériau d'origine permettait de faire au moins aussi bien voire, comme dirait l'autre con : "mieux".
Fi de blabla, fi de grands discours, et tirons comme le fait Damon avec son arc : bien trop vite et sans bander.
Résumé général, pas la peine de lire la suite si ça vous ennuie :
ouais bon ben c'était pas mal, y avait parfois de belles images, quoi. C'était probablement la plus mauvaise (ou la moins bonne) de TOUTES les adaptations de l'Odyssée mais ça restait un bon film en soit. Et l'essentiel n'est-il pas d'avoir permis d'exciter la curiosité du public sur ce sujet, après tout ? Quelqu'un reprendra des frites ?
Bon, et sinon plus précisément, parmi les points ennuyeux...
Hélène de mes Deux
La couleur de peau d'Hélène n'est absolument pas un problème, évacuons immédiatement cet argument qui ne touche que les deux spectres du racisme que sont nos deux bruyantes extrêmes. Vanessa Williams (Calypso) est Noire dans la version de 1997 et tout le monde s'en fichait (et elle fut peut-être, soit dit en passant, la meilleure interprète de toutes les Calypso), Bekim Fehumiu (le meilleur Ulysse de tous les temps à mon sens) était un Albanais dont le père était Imam et personne ne s'en servit comme arguments ni de vente ni de destruction, le Ulysse de 1954 était joué par un Juif Américain d'origine biélorusse (kamoulox) et il fut extraordinaire, et les "authentiques" présences grecques, à travers les différentes adaptations de tout ce qui tournait autour de Troie, furent principalement la présence continue et merveilleuse d'Irini Pappà (Irène Pappas) : véritable Christopher Lee au féminin (ou Christopher Lee : véritable Irène Pappas au masculin) et probablement la plus grandiose et la meilleure de toutes les Péné.
Pénélope, j'entends. Bande de Grecs Antiques !
Mais là, il faut qu'Hélène soit jouée par une actrice Noire (très bonne en l'occurence mais là n'est pas le sujet) parce qu'il y a un message. Nolan, en doux suiveur de la bigoterie maccarthiste contemporaine, l'expliquera dans une interview : il faut déconstruire l'Odyssée et rappeler à quel point les Occidentaux furent et sont méchants, destructeurs et abominables autant qu'invincibles. Nous oublierons les Dynasties de l'Immortelle Egypte et nous ne citerons pas le grand Pharaon Ramsès III qui, en deux années à peine, réduira à l'état d'esclaves tous les "peuples de la mer" et les redéployera dans différentes terres, remodelant ainsi une partie du bassin méditérannéen pour les millénaires à venir.
Mais pourquoi choisir cette version d'une Hélène-trophée, réifiée, scarifiée, femme-objet fière mais finalement soumise qui, lors de sa dernière scène, s'excuse de cette guerre et par conséquent reconnait ses fautes ? Pourquoi ce réalisateur Blanc, soucieux de s'intégrer à la morale bigote, choisit-il de focaliser le fait d'avoir privilégié une actrice Noire pour ce rôle ? Pourquoi, encore une fois, placer les Africains et descendants d'Africains dans cet éternel rôle et souligner, derrière cela, à quel point le réalisateur est moralement purifié ? Pourquoi ne pas avoir pris un acteur Noir pour jouer Ulysse ? Ou madame Nyong'o pour jouer Pénélope ? Un rôle fort et principal ?
Une fois passée ce racisme de Gauche plus agaçant encore que celui de Droite, pourquoi l'avoir écrite ainsi ? J'aimerais aborder un autre problème dans ce film...
"Je suis féministe : j'adore les femmes"
Dans une interview, l'actrice Lupita Nyong'o, en disant que la question qu'elle aurait souhaité poser à Homère aurait été "pourquoi n'avez-vous pas laissé plus de temps d'écran aux femmes" nous rappelle à quel point les actrices et les acteurs sont des veaux pétris d'autosuffisance, incultes, idiots et fainéants. Dieu que je les hais tous sans exception, ces tas de viande sur patte ! Je n'en puis plus. Marie-Françoise, mon amour, apportez-moi ma bouteille de whisky favorite, un cigare, ainsi qu'un fusil pour tirer sur le chat.
Chez Homère, les femmes sont omniprésentes, puissantes, caractérielles, essentielles pour l'intrigue. Une théorie (peu suivie et peu probable mais tout de même assez intéressante pour survivre parmi les théories académique) est qu'Homère elle-même eut peut-être été une femme. Quel gâchis. Quel gâchis, quel gâchis, quel gâchis. Prenons-les dans l'ordre.
Hélène mythos : fille de Zeus, puissante, parle "comme un homme" de la guerre, têtue (jusqu'à dire "non" à la déesse Aphrodite, tout de même). Après Troie, revient volontiers avec ce MERVEILLEUX ET GENEREUX Ménélas pour vivre une vie de famille tout à fait sereine et sans la moindre scarification. Historiquement, il y avait un culte d'Hélène dans la Sparte Historique. Des. Spartiates. Rendaient un culte. A Hélène.
Hélène Nolas : voir plus haut. On lui pète les dents, on fait une blague à ce sujet (les 500 navires), elle s'excuse, et c'est fini.
Pénélope mythos : redoutablement intelligente et rusée, elle vit une histoire d'amour passionnée avec son équivalent masculin. Elle gère le royaume seule, manipule et fais patienter une centaine de prétendants agressifs et surtestostéronés, se sent à juste titre insultée par Ulysse qui enquête sur elle et refuse de lui révéler l'identité qu'elle avait déjà devinée, a des mots très durs et très mérités envers son époux après le massacre et va jusqu'à le tester une ultime fois pour s'assurer qu'il s'agit bien de lui.
Pénélope Nolan : bouhbouh ouin ouin, Ulysse revient youpi youpi fin. Ma cocker ferait une excellente interprète.
Naüsicaa mythos : auditrice d'une partie de l'Odyssée, sauve Ulysse, lui fait raconter son histoire, l'aime et cependant le laisse partir.
Naüsicaa Nolan : absente. Bon, c'est un choix narratif, pourquoi pas ?
Circé mythos (Chez Homère comme chez Ovide) : l'une des plus puissantes magiciennes de tous les temps, magnifique, terrible, "créé" par transformation d'une rivale le monstre Scylla. Ulysse a besoin de l'aide de son arrière-grand-père Hermès pour concocter de quoi résister à ses sorts mais une autre forme de magie de Circé "retardera" Ulysse et son équipage : la magie sexuelle, "empouvoirement" d'une femme qui, là aussi, acceptera de laisser partir Ulysse non sans avoir pris le temps de lui révéler de nombreux mystères : où trouver l'Hadès, comment s'adresser aux défunts, l'existence du clitoris, les conséquences des choix pour Charybde ou Scylla...
Circé Nolan : vieille fille à chats (et à cochons, on peut dire qu'elle aime les hommes "décons-truies" huhuhu), mysandre et à moitié folle qui vit dans un trou paumé. Se fait "vaincre" par Ulysse lorsque ce dernier menace... D'étranger sa ... Corneille... Qui n'est autre que sa tante... Parce que... Le contact "passe mieux comme ça"... Je... Non mais...
... Pourquoi ?...
Calypso mythos : Nymphe sublime, fille du Titan qui porte le Monde, accueille et piège Ulysse sur une île paradisiaque qui séduit jusqu'à Zeus lui-même, tombe amoureuse d'Ulysse et en fait son amant, lui lance l'ultime tentation : devenir immortel et goûter avec elle à l'amour infini dans son île hors de l'espace et du temps ou rejoindre sa grognasse.
Calypso Nolan : une clocharde dans un filet de pêche qui drogue Ulysse dans un taudis fait de branches de palmiers. Les sorties consistent généralement à déambuler dans la vase en regardant silencieusement le sol, d'un air profond.
Dans l'Odyssée, les femmes n'existent que sous la forme d'archétypes bien connus : la femme-objet/femme battue, la femme amoureuse qui attend et qui fait la fête quand on revient, la vieille fille célibataire folle et méchante, et la femme-infirmière/femme maman. Ouahou. Heureusement qu'Ulysse, au moins, sera un peu plus subtil et... NON MAIS ATTENDEZ C'EST QUOI CE...?
L'arc fusil à pompe
Je ne vais pas m'étendre sur Ulysse car vous avez certainement déjà lu tout ce qu'il y a à dire à son sujet. J'aimerais simplement parler de son arc qui, à lui seul, résume peut-être son porteur.
Ulysse est un archer de précision. Il peut atteindre une cible éloignée et en mouvement : son arc vise loin, juste et avec anticipation car ainsi fonctionne l'esprit de cet homme.
Mattdamonéus, lui, vous l'aurez remarqué, tire la plupart du temps à bout porter. Il bande à peine son arc, sans viser, arborant un visage à gueule ouverte et oeils hébétés, et sa flèche touche machinalement l'adversaire, quelque part, suffisamment près pour que le trou soit mortel. L'attaque est crédible en tant que telle mais elle est si récurrente qu'elle finit par nous dire beaucoup de cette version d'Odysseus. En outre, elle est souvent un réflexe.
L'épisode polyphémique, déjà très critiqué, se conclut non pas par Ulysse dévoilant son trop-plein d'orgueil et d'audace depuis son navire, criant au Cyclope son véritable nom et se vantant d'avoir été le véritable vainqueur de Troie : là, il voit rouler le casque d'un de ces hommes, ouvre la bouche, fait un tir réflexe, énerve encore plus le monstre et fuit d'autant plus vite. C'est tout.
Ulysse est devenu un con. Je... Je ne peux pas le dire autrement. C'est un con. Il ne vaut pas tripette face à l'incroyable version de Ralph Fiennes dans "The Return" de Pasolini.
Dans ce dernier, lors de l'épreuve où Péné annonce qu'elle se casera avec celui saura bander, avec Télé dans le salon, Ulysse réussit le test car il prend le temps de détendre l'arc en le chauffant lentement au feu, en le préparant méthodiquement, puis en le tordant entre ses jambes, son dos et ses bras selon une gestuelle très précise. Il prouve ainsi à Pénélope qu'il connait les gestes : bander l'arc fait partie d'un RITUEL et aucun prétendant ne peut quoi que ce soit s'il n'a pas été initié. Et nous retrouverons cet aspect rituel tout au fil du retour d'Ulysse : Pénélope lui posera une question à propos du lit conjugal, et seul Ulysse, initié, connaîtra la seule vraie réponse possible. Ulysse aura accompli toute la liste des rituels à accomplir pour être considéré comme légitime à son retour : reconnaître le compagnon dans un vieux chien allongé sur un tas d'excréments et être reconnu par lui, maîtriser ses émotions, connaître les bons mots, connaître les bons gestes, faire preuve de courage et purger sa demeure, taper le bon digicode et se souvenir du mot de passe du wifi. Celui avec les hiéroglyphes. C'est du boulot.
Chez Nolan, on se contente de bander l'arc parce qu'on est simplement... Plus fort que les autres... On bande plus fort, quoi, littéralement... Puis on pète des gueules, on save la wife puis on take la wife.
Une dernière chose, concernant l'arc. Certes, le son de harpe de la corde de l'arc une fois bandé est superbe et m'a filé les poils. Comme peut-etre quelques autres dizaines de secondes dans ce film de 3 heures ressenties 70.
Mais.
Tout de même.
"Il fait vibrer la corde de son arc avant de tirer. Toujours. Pour laisser une chance à ses adversaires..."
... Ce... C'est pas très malin, pour un sniper...
Est-ce qu'il a joué de la trompette au moment où l'on a fait entrer le Cheval de Troie ? Par respect ?
Ca, c'est un cheval qui a des burnes
Alors le cheval. De la part de l'homme le plus intelligent du monde... Je me doute ne pas être très original en écrivant, certes, maiiiiis bon. Ces critiques sont avant tout des catharsis. Je suis navré. Je n'ai pas les moyens de me payer une psychothérapie.
- Et voici donc mon idée du Cheval de Troie. C'est génial, hein ? Bon. C'est marée basse, on va le construire le plus près possible de l'eau, d'accord ?
- Chef, ça fait 10 ans que nous vivons sur cette plage. Nous connaissons un peu les marées. On pourrait peut-être le construire plus haut, non ?
- Ta gueule. Une fois fini, nous irons tous dedans et nous y vivrons pendant plusieurs jours dans une insalubrité et une promiscuité absolue, sans le moindre confort ni la moindre liberté de mouvement.
- Chef, les portes de Troie sont super loin et elles mettront du temps à s'ouvrir. Nous pourrions peut-être mettre un guetteur qui nous préviendrait quand ça commencerait à bouger et nous n'aurions plus qu'à monter dans le cheval. Suffirait simplement de dormir sur la plage, de faire caca dans l'eau et....
- Ahahaha ! Pauvre et naïf débutant que tu es ! Non, je veux qu'il y ait un guetteur qui ignore notre présence. Ainsi, il croira véritablement à ses mensonges lorsque les Troyens le tueront !
- Pourquoi ? On ne peut pas trouver UN type qui ne sache pas trop mal mentir et... Mais au fait, pourquoi faudrait-il qu'il soit chopé par les Troyens ?
- Pour leur dire qu'il s'agit d'un hommage aux dieux.
- Et pourquoi ils l'auraient laissé là tout seul ?
- Pour leur dire qu'il s'agit d'un hommage aux dieux.
- Mais pourq... Grmblblb... Et il pourrait pas simplement nous faire signe, se cacher ailleurs ? Nous, il suffirait qu'on laisse deux ou trois cadavres maquillés pour qu'ils croient que nous avons été victimes de la Peste, comme dans le film "Troie" ?
- Bon, tu la boucles et tu montes faire caca dans le cheval pendant trois jours avec les autres !
*trois jours plus tard*
- Chef, on a récupéré ce cheval. Y avait un mec à côté, il a dit que c'était pour les dieux. Du coup on ramène le cheval.
- Amenez-le moi, j'aimerais bien l'interroger sur le départ des Grecs et sur ce magnifique cheval imprimé en 3D.
- Ca va pas être possible, chef, on l'a buté.
- ... D'accord... Et... Aucun doute sur le cheval ? Genre, il pourrait être creux ?
- Non, chef, j'ai donné un coup d'épée. Si elle avait tranché quelqu'un, y aurait eu du sang à la sortie mais là elle blanche comme un cul de Grec.
- Et l'odeur ? Pourquoi il pue le caca et le cadavre, ce cheval ???
- Sûrement la marée. Il était en train de se barrer vers le grand large quand on l'a récupéré.
- Ils l'ont construit dans la flotte ? Ah, effectivement, il est peut-être pas piégé. Ils sont peut-être vraiment cons.
- Ah ben ça, chef. Faudrait quand même pas être épique.
Jamais de grandeur, jamais jamais jamais.
Nolan l'a dit lui-même : faut déconstruire. Parce que l'Occident, y'en a méchant-vilain-pas-beau. Et c'est là où je lui en veux : Homère, ce sont la grandeur, le rêve, et l'âme humaine.
Nolan ne garde rien des trois.
La Grandeur ? Circé est une vieille peau célibataire, Ulysse un neuneu, Polyphème ne parle pas (enfin, si, mais pas à ces "fourmis" d'humains), la Grèce est grise, Calypso porte un filet de pêche, la musique est jouée par un chat s'aventurant au ralenti sur un synthé, les dieux n'existent pas (Athéna n'étant qu'un avatar de culpabilité geignarde), aucun Grec n'est heureux d'avoir enfin vaincu Troie et d'être ainsi rentré dans l'éternité, tous les palais royaux sont des grottes préhistoriques la nuit et des ruines délavées le jour. Les compagnons meurent les uns après les autres sous le regard de bovin de Mattdaméus, ce qui me permet de faire la transition rapide avec l'épisode des Vaches du Soleil :
- "Ah... Vous avez mangés de la viande alors que c'était interdit... Bon ben... Vous allez mourir, alors... " *retourne dormir dans le bateau, les mains dans les poches*
Tout est triste, morne et désabusé. On ne déconstruit pas pour découvrir un trésor caché sous toute la boue humaine : on creuse un vide.
Le Rêve ? Les aventures d'Ulysse, rencontrant les dieux, voguant d'île en île et y découvrant chaque fois une nouvelle aventure, de nouveaux dangers, de nouvelles amours... Ce sens de l'aventure dont le souffle est si puissant qu'il fut adapté de bien des manières 3000 ans plus tard, et pas seulement sous l'appelation de l'Odyssée : ainsi O'Brothers ou Battlestar Galactica. Là, tout est long. Lent. Les rares moments contemplatifs (c'est-à-dire lents mais pas longs) furent peut-être, à mon sentiment, le très beau mais trop vite expédié passage des Sirène et la vie de Télémaque à Sparte.
Le rêve, chez Nolan, consiste à transformer un royaume de géants cannibales en une île de types vont en armures lourdes à la cueillettes au champi et surgissent après un échange dingolunaire avec un enfant géant. Là encore : pourquoi ?
C'est Ulysse qui, rentré chez lui, mollement assis à côté de Pénélope, discute avec elle sans vraiment la regarder. Les deux, tristement, parlent des ravages commis par les "peuples des mers" (les trois péons hagards de l'équipage d'Ulysse, ceux qui se font piéger par des femmes à chats et des enfants géants) et Ulysse qui conclue "c'est la fin de l'Âge du Bronze".
Ouahou. Digne de César annonçant à Brutus "nous sommes en 50 Avant-Jésus-Christ, Brutus ! Deux mille ans avant l'invention du Concorde et du Minitel, Brutus !".
Nolan fait-il référence aux Âges de l'humanité décrits par Hésiode et, nous pourrions l'imaginer, seraient interiorisés par les personnages de l'histoire (bien que très antérieurs à Hésiode mais bon hein on comprend l'idée) ? Ben non, car dans ce cas ces glandus seraient à l'Âge des Héros et se dirigeraient vers l'Âge du Fer.
Alors ils font référence à la période historique ?
Bon. D'accord. Ils ont plus de deux mille ans d'avance sur cette appelation mais d'accord.
Mais que nous offre Nolan derrière toute cette médiocrité triste à en crever ?
Surtout pas de rêve car nous pourrions l'associer à la grandeur.
L'âme humaine ? Quelle introspection trouvons-nous dedans à part la trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès répétitive et trèèèèèèèèèèèèèèèèèès longue litanie "la guerre y en a méchante" ? Ulysse est devenu un junkie fumant du lotus avec sa copine clocharde. Nolan, d'ailleurs, lui fait manger du lotus. Du "vrai" lotus. Ce truc probablement immangeable qu'il confond avec le Lotus mythologique qui était le jujubier et dont l'ingestion, sous une certaine forme, produisait des effets lénifiants. Mais là encore, pourquoi s'inquiéter du fond alors que nous avons la forme ?
Où est-il, ce fond, chez Ulysse ? Où est-il chez qui que ce soit excepté Télémaque, sans doute la meilleure de toutes les versions, mais vous savez quoi ? Je n'ai même plus envie d'écrire. Plus je me souviens de ce film et plus je me sens las, pareil à Mattdaméus, commentant encore et encore les mêmes grains de sable dans cette immense vase qui aurait pu être une plage.
Et si, plutôt que de perdre du temps à parler encore et encore d'un film qui, sans être mauvais (je me suis concentré sur le mauvais, c'est un défaut sur lequel je dois travailler) n'en est pas pourtant génial ni même "bon", indépendemment ou non du matériau d'origine, nous cherchions la grandeur, le rêve et/ou l'âme humaine dans ce qui existe déjà ?
Recommandations pour de meilleurs départs
Pour un voyage au long cours, aventurez-vous aux côtés de Franco Rossi dans "L'Odyssée" de 1968. Malgré son aspect parfois "art et essai" et ses quelques moments un peu trop "artistiques", vous retrouverez l'un des récits les plus fidèles à Homère et, au gré de quatre téléfilms, vous connaîtrez chaque aventure, chaque personnage. Télémaque retrouvera le Sage Nestor. Il croisera une version trop souvent oubliée de Ménélas : celle d'un homme bon, mari de la fille de Zeus, honorant la mémoire de son frère mais préférant les boissons apaisantes d'Hélène pour vivre une retraite douce et sereine. Vous y découvrirez les différents matelots de son équipage, qui seront davantage que trois tokens aléatoires dont on n'aura même pas retenu les noms alors qu'ils étaient et demeurent mémorables. ("Euryloque, c'est l'Asiatique ou le Barbu ? En tous cas c'est pas la Trans, la Trans elle meurt au début."). Et, surtout, surtout, surtout, vous y passerez de longues heures chez les Phéaciens, en compagnie de Nausicaa, à écouter au coin du feu les récits de celui dont le nom est Personne.
Plus rapide, vif et aventureux ? Kiffez la version Kirk Douglas, purement américaine de l'époque : poils au torse et sourire étincelants, sorcières canons et tempêtes en mer. C'est le voyage divertissant et sans emmerdes ni complexes où -hosanna, hosanna !- Argos VIT ! Rien que pour ça et pour toutes les mains aux fesses par Kirk Douglas : yo ho ho, compagnons ! Vous y rencontrerez aussi la jeune Pénélope, consciente de perdre sa jeunesse et à quelques doigts de l'abandonner ("vous ne voulez pas un doigt d'abord ?") au séduisant et sincère Antinoüs qui se propose, clairement, de ... Ben de la baiser, quoi. Parce qu'elle doit en avoir envie, quoi... Le mec... Propose... Littéralement... Bref. Et Pénélope, qui en assez d'attendre Ulysse, accepte de définir une date... Parce qu'elle... Attention truc de fou... Elle aimerait bien s'envoyer en l'air, au bout de 20 ans... C'est dingue comme nous sommes devenus bigots.
Tout aussi aventureux mais un peu plus sombre (toutes proportions gardées) sont les téléfilms de 1997, avec l'une des meilleures Athéna qui fut interprétées. Ulysse, beau parleur badinant avec la déesse et se vantant trop auprès de Poséidon, grande gueule séductrice fière de sa ruse dès lors qu'il la déploie. Et c'est un Polyphème bébéifié très intéressant : le Cyclope n'est plus un hôte impitoyable, brutal et aviné mais prend l'apparence et le comportement d'un bébé cruel, d'un Être n'ayant pas pu être éduqué comme un humain.
Si vous préférez éviter les dieux et les monstres, jetez-vous dans les filets de "The Return" de Pasolini. Tout le film, contemplatif, est consacré au retour d'Ulysse à Ithaque. Aucune magie. Ulysse a honte car il a conscience de porter en lui l'infinie violence de Troie et des crimes qu'il a commis durant les 10 années qui suivirent la victoire. Ralph Fiennes n'a besoin que d'un regard pour nous transmettre mille émotions, contrairement à l'autre con, et son corps, spécialement travaillé pour l'occasion, est celui d'un vieux soldat marin musclé, séché et brûlé par le Soleil. Juliette Binoche (cocorico !) incarne une Pénélope devant gérer un gamin clairement travaillé par son complexe d'Oedipe. On devine, durant le film, que la lassitude la pousse à coucher, un soir au moins, avec Antinous. Antinous... Bien que la version de Pattinson fut, comme chaque personnage de cet acteur, une belle petite performance, que dire de celle de Marwan Kenzari (vu le nom, faisons-nous polémique ou publicité à ce sujet ? Hé non, puisque le personnage est bien écrit et bien interprété. Quand on a du talent, on a pas besoin de wokisme et ça y est j'ai enfin lâché le mot !) : un Antinous amoureux, mélancolique, dangereux et cependant très émouvant. Sublime Antinous... Contrairement à Télémaque où, je n'ai pas compris, on a sorti l'un des acteurs tout prêts pour le remake de la Guerre du Feu. Télémaque est un Cro-Magnon. Clairement un Cro-Magnon. Il faut le voir pour le comprendre, et en particulier la scène du Massacre des Prétendants, mais Télémaque... Non vraiment, là ce fut l'un des seuls points qui... Bref. A part ça...
Et puis sinon, pour le rêve et uniquement le rêve, vous avez Ulysse 31.
Mais dans tous les cas, n'allez pas pêcher avec Nolan. Il ne vous offrira ni tentacule de Charybde, ni viande de poulpe géant, ni quoi que ce soit. Uniquement un vieux steak décoloré, imprimé à la 3D, sans gout.