S'il y a bien un point que j'aime chez Nolan, c'est sa capacité à insister et à réinsister sur des concepts tout au long de son film alors même que les spectateurs ont plus ou moins compris le message qu'il souhaite faire passer.
Typiquement, dans Inception, le public comprend de quoi on parle, même sans avoir toutes les subtilités. Pourtant, on se fait expliquer le concept de l'inception à en régurgiter notre vomi. Et bien dites-vous que ce n'est rien - mais alors rien face à la loi de Zeus de son dernier cru.
Je n'ai pas tenu les comptes pendant la séance mais on ne doit pas être loin d'une quarantaine de répétitions de ce concept, ma foi, pas si complexe : les règles de l'hospitalités, le respect des dieux etc
Et pourtant, on en remange et on remange. C'est à se demander s'il n'a pas fait un pari avec un proche pour savoir combien de fois il pourrait placer ces quelques mots dans son scénario sans être complètement ridicule.
J'ai expurgé mon venin. On peut passer au reste du film.
On reconnaîtra à Nolan sa capacité à tenir de films de 3h d'une main de maître. Le temps sublimé par une photo assez dingue.
Pour atteindre cet objectif, Nolan dispose de deux atouts :
- Un casting de haute volée. C'est plutôt une habitude chez lui. Et il sait aussi bien s'entourer de son équipe sûre (Damon, Hathaway, Page, Safdie) que de donner leur chance à des nouveaux venus dans son univers (Bernthal, Theron, Zendaya, Holland). J'ai notamment pris plaisir à voir Samantha Morton et Charlize Theron dans les rôles iconiques de Circé et Calypso.
- Une fascination pour la temporalité lui permettant de saccader son récit en plusieurs parties mais conservant la logique générale du tout (l'apogée grotesque de cet intérêt pour la non linéarité étant Tenet mais peut-être en défaveur après mûre réflexion).
Paradoxalement, alors que cette histoire est la plus épique (que faire mieux qu'Homère et sa tragédie de Troie ?), c'est l'un de ses récents films avec la bande sonore la moins remarquable. A aucun moment, je n'ai senti de vibrations ou de souffle musical comme j'ai pu connaître précédemment de sa part.
Et ce alors que la photographie est, comme mentionné plus haut, toujours aussi impeccable.
Et tout aussi intéressant, le choix de ne pas aseptiser les monstres ni la magie de Circé. Ce sont clairement les moments les plus intenses. Sans trop de diarrhées visuelles, ce dont on sait gré notre cher réalisateur.
A l'inverse, rendre absent (malgré leur omniprésence) les dieux et donner à Athéna le visage de la culpabilité d'Ulysse est très réussi.
Objectivement, quitte à ce que les amerloks viennent pomper la culture grecque, autant que ça soit fait par un pro. Au moins, on profite du spectacle.