Dans sa course-hommage à Stanley Kubrick, un registre manquait à la filmo de Christopher Nolan : le péplum. Tant qu'à faire, autant s'attaquer au père de tous les récits, à l'une des premières aventures contées dans l'humanité, à savoir l'Odyssée. Encore fallait-il trouver l'angle de cette histoire, vue et revue, présentes dans des milliers d'ouvrages pour enfants. Trop malin pour un scénario strictement chronologique, Nolan utilise la fin de l'amnésie provoquée par Calypso pour faire apparaître progressivement les évènements.
Cette approche fonctionne parfaitement, avec le pillage de Troie comme climax, permettant au spectateur de réaliser progressivement pourquoi Ulysse met tant de temps à revenir chez lui : il n'est pas seulement maudit par Poséidon, il souffre aussi d'un véritable stress post-traumatique. Ulysse n'est pas seul, il est hanté par ses souvenirs, par les camarades tombés au combat qui n'ont pas eu de sépulture, par les crimes de guerre perpétrés par les grecs lors de la chute de Troie. La très moyenne série Odysseus avait déjà utilisé le traumatisme comme moteur, mais avec un Ulysse violent (et une action se situant après son retour), là où celui de Nolan est avant tout en recherche d'apaisement.
Sans compter les bons et les mauvais points, il faut saluer le choix des acteurs. Nolan ne sait pas les diriger, mais le quatuor de star Damon-Hathaway-Holland-Pattinson a su lui donner les bonnes prises. Nolan égale souvent Kubrick dans la précision et la géométrie des cadrages. Le plan sur les portes de la ville de Troie qui s'ouvrent, précédé d'une séquence d'anthologie alors que le suspens devrait être nul (on sait ce qui va se passer), risque de rester dans les mémoires. On peut reprocher au film quelques ajouts et quelques longueurs : l'histoire d'Antinoos n'est pas vraiment indispensable, la bataille finale contre les prétendants un peu superflue au bout de trois heures, surtout que les scènes du naufrage et du sac de la ville sont autrement plus réussies et efficaces.
Mon Top Christopher Nolan :
- Inception - Memento (égalité)
- L'Odyssée
- Le prestige
- Oppenheimer - Interstellar (égalité)
- Trilogie Batman
à partir de là on est dans les films décevants :
LA FIN, POUR M'EN SOUVENIR :
Ulysse, après avoir dézingué les prétendants, laisse le trône à Télémaque et s'en va avec Pénélope vers les îles de l'Ouest pour rendre hommage à ses amis et soldats morts au combat. C'est beau et assez inattendu, une happy end qui tranche avec le ton sombre du film.