Sur la forme, le spectacle est au rendez-vous et l'on sent clairement les 250 millions de dollars à l'écran. C'est du grand divertissement : les décors sont sublimes, la palette de couleurs est éclatante et la direction artistique propose de superbes idées. Ça fait plaisir de voir un blockbuster qui ne nous bombarde pas d'effets spéciaux baveux : l'image est belle et agréable. Même sans écran IMAX, le travail sur la résonance sonore offre une immersion totale, portée par une bande originale percutante. Le périple d'Ulysse enchaîne les réussites visuelles (la séquence du Cyclope en tête), faisant défiler les trois heures sans le moindre temps mort.
En revanche, le film s'effondre sur le plan humain et dramatique. Le jeu d'acteurs est franchement mauvais et par conséquent aucun sentiment ne passe. On sent que Nolan cherche à construire des moments poignants et chargés d'émotion, mais il ne va jamais au bout de sa démarche, laissant les scènes tomber totalement à plat. Il n'y a vraiment que Matt Damon qui apporte un peu d'humanité et sauve les meubles. À ses côtés, Robert Pattinson frôle le ridicule en cherchant constamment à imposer un charisme qui sonne terriblement faux.
A cela s’ajoute une écriture trop explicative : les personnages passent leur temps à se poser des questions pour nous raconter l'histoire, répétant les mêmes éléments comme si le public était incapable de comprendre par lui-même.
Tom Holland s'avère particulièrement décevant en Télémaque, tandis qu'Athéna, jouée par Zendaya manque singulièrement de prestance guerrière pour devenir un personnage complètement oubliable. Les autres figures féminines subissent le même sort. Pénélope, jouée par Anne Hathaway, tente bien quelques rébellions, mais elle se fait vite remettre à sa place et retombe dans une passivité navrante. Ses tirades féministes sur son refus d'être une simple plante décorative tombent complètement à côté tant elles manquent de sincérité. De son côté, Calypso semble sortir d’une pub Dior : elle ne dégage absolument rien à part une beauté inutile au récit.
Pour ne rien arranger, Nolan commet l'erreur d'injecter trop d'anachronismes et de modernité
. Qu'il s'agisse du cheval de Troie ou des armures des soldats, tout est trop beau, trop lisse, trop brillant et immaculé. Cette perfection esthétique et ce manque de "poussière" empêchent d'ancrer le récit dans la crasse et la réalité du VIIIᵉ siècle avant J.-C.
Surtout, le dénouement pénalise l'ensemble de l'œuvre alors qu'il devait en constituer le point d'orgue. En plus de tirer en longueur et d'être prévisible vingt minutes à l'avance, cette fin bascule dans un ton franchement niais cédant aux facilités du blockbuster américain — à l'image du fils lui fournissant une arme in extremis. Le comportement de Pénélope vient renforcer cette naïveté : prête à épouser quiconque saurait manier l'arc d'Ulysse, elle confirme sa passivité et réduit son mari à une simple capacité physique. Après avoir feinté la mort imminente d’Ulysse, le récit bifurque vers un exil sans enjeu aux airs de vacances au Club Med totalement ridicule.
Une claque visuelle et sonore, mais une coquille vide plombée par ses acteurs, son manque d'émotion et sa fin complètement niaise.