Difficile de sortir indemne d’une projection de L’Odyssée. Christopher Nolan est un cador de la mise en scène et il le démontre une nouvelle fois avec un film ambitieux, spectaculaire, magnifique et profondément immersif. Les effets sonores participent énormément à cette immersion et certaines séquences, comme l’attaque de Troie, sont tout simplement sidérantes. Le casting est à la hauteur du projet, malgré un bémol sur Tom Holland qui fait le travail mais qui m’a personnellement semblé manquer un peu de présence. Petit regret également de voir Mia Goth si peu exploitée, après l’avoir beaucoup appréciée dans la trilogie de Ti West.
J’ai été plus déstabilisé par la bande originale au départ, avant de finalement l’adopter complètement. Elle possède une vraie personnalité, mélangeant orchestre, percussions tribales et sonorités contemporaines, avec une dimension presque primitive qui colle parfaitement au caractère mythologique du récit. La séquence de Troie en est une magnifique illustration.
Côté scénario, Nolan fait un choix intelligent en ne racontant pas l’histoire de manière strictement chronologique. Troie, notamment, est racontée à Télémaque par Ménélas, donnant au récit cette dimension de transmission orale qui appartient profondément au mythe. On pourrait reprocher au réalisateur son goût pour les explications, mais celui-ci me semble ici beaucoup plus cohérent que dans Inception. Le petit bémol serait plutôt du côté de l’humain : la solitude, la transmission, la rédemption après la guerre sont bien présents, mais peut-être un peu sous-exploités au regard de la richesse du matériau. Nolan semble vouloir assumer clairement de privilégier l’aventure et le spectacle.
Et du grand spectacle ! Les 2 h 45 sont passées à une vitesse folle. J’ai été totalement conquis, même si j’ai le sentiment qu’un deuxième visionnage sera nécessaire pour mesurer pleinement le film. En sortant de la salle, une question m’est pourtant venue : et si cette Odyssée avait été développée sous la forme d’une mini-série de six épisodes ? À la manière de Game of Thrones, le temps supplémentaire aurait peut-être permis d’approfondir les personnages et d’atteindre un équilibre encore plus puissant entre l’épique et l’humain.
Mais peut-être est-ce justement le choix de Nolan : faire de L’Odyssée avant tout une expérience de cinéma. Et sur ce terrain-là, difficile de ne pas tirer son chapeau au maître.
Le premier visionnage fut une expérience, le deuxième deviendra une analyse.